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23 mai 2022

la guerre d'Espagne, selon Paul Preston

Paul Preston Fb

 

la guerre d'Espagne, selon Paul Preston :

une guerre d'extermination

 

Je viens de terminer la lecture éprouvante - que j’ai d’ailleurs dû fractionner - des presque huit cent pages (798 ; plus 124 p. de notes et références ; éd. Tallandier, 2019) de l’ouvrage de Paul Preston, un historien britannique spécialiste de l’Espagne du XXe siècle : Une guerre d’extermination. Espagne, 1936-1945.

Pourquoi «ÉPROUVANTE» ?

Parce qu’il s’agit des massacres commis derrière les lignes de combat dans les deux camps «nationaliste/fasciste» et «républicain» avec un bilan quantitatif nettement supérieur pour le premier : 130 000 contre 50 000 pour le second (p. 16 et 19).

Et parce que l’assassinat de tous types (hommes femmes, enfants) est perpétré contre des êtres sans défense. Non seulement Franco ne fait jamais de prisonniers à l’issue de ses combats mais surtout il élimine systématiquement tout ce qui peut ressembler à des gens de Gauche (Frente Popular) dans les territoires conquis.

Beaucoup de paysans ou d’ouvriers non impliqués dans la politique de la Seconde République (1931-1936/39) trouvent également la mort. Les «sacas» - arrestations et /ou extractions de prison, et mises à mort - se multiplient durant la nuit et jusqu’à l’aube.

La TERREUR est un objectif DÉLIBÉRÉ de Franco qui tient à éradiquer tout germe d’opposition future à son Espagne «régénérée». Au printemps 1937, Franco déclare à l’ambassadeur italien : «Je ne m’intéresse pas au territoire mais aux habitants. La reconquête du territoire est le moyen ; la rédemption des habitants est la fin» (p. 664).

Tout le territoire espagnol est visé par le travail de synthèse de Paul Preston qui s’appuie sur des centaines et des centaines d’investigations globales ou locales effectuées par des historiens espagnols.

Il est en résulte une suite de dépositions accablantes pour les généraux et officiers de Franco comme pour les soldats des unités de Marocains (Maures ou «regulares»), de Légionnaires et autres troupes. Les fusillades sont souvent précédées et/ou accompagnées de tortures, de viols, de pillage...

Pourquoi «EXTERMINATION» ?

Le titre anglais était Spanish Holocaust. Ce qui, dans un contexte français ne convient pas.

Le terme «extermination» est par contre employé, par exemple, par un chroniqueur jésuite, le père Alberto Risco, à plusieurs reprises : «le sentier de l’extermination», dit-il, à propos des troupes de «regulares» : «Avec le souffle d’un Dieu vengeur sur la lame de leur machette, ils poursuivent, ils détruisent, ils tuent... Puis, enivrée par l’odeur du sang, la colonne reprend sa marche». Le père jésuite jubile : «une deuxième journée d’extermination et de châtiment» (p. 521).

Un autre jésuite, Fernando Huidobro, s’élève, au contraire, et se mobilise contre ces pratiques, contre : «la guerre d’extermination que prônent certains» (p. 524).

Paul Preston étudie en plusieurs chapitres, la répression commise PAR LES RÉPUBLICAINS, le plus souvent contre des prisonniers enfermés entre février et juillet 1936, et soupçonnés de contribuer à l’action de sape de la «cinquième colonne» (expression du général Mola qui en avait menacé les Madrilènes).

Mais l’historien établit une distinction entre la politique d’annihilation de Franco contre ses adversaires, et la violence aveugle des Républicains, souvent le fait des milices anarchistes mais pas seulement, qui est  largement maîtrisée à partir de fin 1936» (p. 604).

Tellement de choses à dire... j’ai pris des dizaines de notes... Mais on sort bouleversé et écœuré devant ce degré d’inhumanité.

Tout au long de l’été brûlant, l’odeur pestilentielle des corps

À Huelva, prise par les franquistes, rapporte Paul Preston : «Dans l’intense chaleur estivale [août 1936], les cadavres entassés représentent un grave danger pour la santé publique. On les balance sur des camions qui font d’incessants allers retours entre la ville et le cimetière municipal. Ni les services sanitaires locaux, ni les morgues privées ne peuvent prendre en charge tant de cadavres ; ceux-ci sont donc aspergés d’essence, brûlés et enterrés dans de grandes fosses communes. Tout au long de l’été brûlant, l’odeur pestilentielle des corps rend l’air irrespirable. Les femmes de gauche qui n’ont pas été tuées ou violées après la capture de la ville subissent des humiliations. On leur tond la tête et on leur fait avaler de l’huile de ricin au prétexte que "leurs langues sont souillées"» (p. 498).

Le journaliste portugais Mário Neves et deux Français enrôlent un prêtre qui les «conduit au cimetière pour leur montrer les immenses tas de cadavres que l’on y fait brûler. Certains sont complètement carbonisés, mais on voit émerger ici et là des jambes et bras encore intacts. Devant la mine horrifiée des journalistes, le prêtre explique : "Ils l’ont mérité. Et puis, c’est une mesure d’hygiène indispensable". On ne sait si cette remarque porte sur les exécutions ou sur l’incinération des corps» (p. 498).

Et Franco est mort dans son lit.

Michel Renard
23 mai 2022

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