le conflit ibérique découvert de son manteau de rhétorique : trois livres de Michel del Castillo
le conflit ibérique
découvert de son manteau de rhétorique
Je viens de lire d’affilée trois livres de Michel del Castillo (né en 1933) :
* Le temps de Franco (Livre de Poche, 2008, 438 p.). Michel del Castillo est anti-franquiste il a su écrire un livre, qui n’est pas d’un historien (il l’appelle «récit») mais qui est historiquement vrai de bout en bout, et qui prend à contre-pied le légendaire pro-républicain - que j’ai longtemps adopté dans ma prime jeunesse (et encore...).
Il dresse le portrait d’un Franco «militaire chimiquement pur».
Il ne nie rien des atrocités commises par les troupes du généralissime. Mais il se montre démystifiant envers l’autre camp : «Deux mots ont recouvert le conflit ibérique d’un manteau de rhétorique : "république", fiction de justice et de liberté ; "révolution", espérance aussi vague que lumineuse, une parousie» (p. 247).
Ou encore : «Contrairement à ce qui se dit, s’écrit encore, il n’y a pas d’un côté une république démunie, une armée moderne et suréquipée de l’autre. En réalité, il n’y a pas de république du tout, non plus que de démocratie menacée par le fascisme» (p. 242).
L’État républicain est une fiction, la réalité du pouvoir étant passée aux mains des syndicats, des partis politiques, de leurs milices (p. 242) et particulièrement des communistes cornaqués par les envoyés du NKVD.
Selon Michel del Castillo, Franco n’est «pas un fasciste» (voir aussi p. 136), mais un anti-idéologue, un conservateur, un anti-marxiste, un anti-communiste (p.309) ; un obsédé de l’ordre et un catholique fervent, adepte même du national-catholicisme (p. 421-422).
Beaucoup d’analyses pertinentes.
Certaines peuvent paraître un peu trop favorables à Franco.
Excellente postface qui situe le régime franquiste : «une dictature militaire très dure durant ses cinq premières années, de 1939 à 1943, sévère et vigilante ensuite» (p. 426).
* Tanguy (Folio, 1977-1995, 332 p.) que Michel del Castillo définit comme «l’implosion d’une conscience d’enfant déchiquetée par la guerre » dans l’un de ses autres livres Le sortilège espagnol (p. 22). Je ne veux pas alourdir ce message mais il s’agit du récit autobiographique, avec de nombreux «trous», restitué à hauteur d’un enfant. À faire lire dans tous les lycées !
* Rue des Archives (Folio, 1994, 283 p.) clôt la «vérité» assez effroyable sur ce que fut sa mère - qui l’a abandonné à l’âge de neuf ans, comme elle a abandonné ses autres enfants. Michel del Castillo a vécu avec elle - qui prononçait des allocutions à la radio républicaine en 1936 à Madrid - jusqu’en 1942 avec l’expérience du camp d’internement de Rieucros destiné aux réfugiés espagnols, et son envoi en Allemagne de 1943 à 1945 (camps de travail ou camp de concentration ?).
Dans ce livre, il crée la figure d’un double - lui-même en tant qu’enfant - avec lequel il dialogue. Fruit des méandres de son esprit à l’égard de sa mémoire.
** Je suis agacé par les comptes rendus de ces ouvrages, trouvés sur internet, dont les «critiques» n’ont visiblement pas vraiment lu ces livres. Effrayant.
Michel Renard
30 mai 2022


























































