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30 mai 2022

le conflit ibérique découvert de son manteau de rhétorique : trois livres de Michel del Castillo

Temps de Franco Fb

 

le conflit ibérique

découvert de son manteau de rhétorique

 

Je viens de lire d’affilée trois livres de Michel del Castillo (né en 1933) :

* Le temps de Franco (Livre de Poche, 2008, 438 p.). Michel del Castillo est anti-franquiste il a su écrire un livre, qui n’est pas d’un historien (il l’appelle «récit») mais qui est historiquement vrai de bout en bout, et qui prend à contre-pied le légendaire pro-républicain - que j’ai longtemps adopté dans ma prime jeunesse (et encore...).

Il dresse le portrait d’un Franco «militaire chimiquement pur».

Il ne nie rien des atrocités commises par les troupes du généralissime. Mais il se montre démystifiant envers l’autre camp : «Deux mots ont recouvert le conflit ibérique d’un manteau de rhétorique : "république", fiction de justice et de liberté ; "révolution", espérance aussi vague que lumineuse, une parousie» (p. 247).

Ou encore : «Contrairement à ce qui se dit, s’écrit encore, il n’y a pas d’un côté une république démunie, une armée moderne et suréquipée de l’autre. En réalité, il n’y a pas de république du tout, non plus que de démocratie menacée par le fascisme» (p. 242).

L’État républicain est une fiction, la réalité du pouvoir étant passée aux mains des syndicats, des partis politiques, de leurs milices (p. 242) et particulièrement des communistes cornaqués par les envoyés du NKVD.

Selon Michel del Castillo, Franco n’est «pas un fasciste» (voir aussi p. 136), mais un anti-idéologue, un conservateur, un anti-marxiste, un anti-communiste (p.309) ; un obsédé de l’ordre et un catholique fervent, adepte même du national-catholicisme (p. 421-422).

Beaucoup d’analyses pertinentes.

Certaines peuvent paraître un peu trop favorables à Franco.

Excellente postface qui situe le régime franquiste : «une dictature militaire très dure durant ses cinq premières années, de 1939 à 1943, sévère et vigilante ensuite» (p. 426).

* Tanguy (Folio, 1977-1995, 332 p.) que Michel del Castillo définit comme «l’implosion d’une conscience d’enfant déchiquetée par la guerre » dans l’un de ses autres livres Le sortilège espagnol (p. 22). Je ne veux pas alourdir ce message mais il s’agit du récit autobiographique, avec de nombreux «trous», restitué à hauteur d’un enfant. À faire lire dans tous les lycées !

* Rue des Archives (Folio, 1994, 283 p.) clôt la «vérité» assez effroyable sur ce que fut sa mère - qui l’a abandonné à l’âge de neuf ans, comme elle a abandonné ses autres enfants. Michel del Castillo a vécu avec elle - qui prononçait des allocutions à la radio républicaine en 1936 à Madrid - jusqu’en 1942 avec l’expérience du camp d’internement de Rieucros destiné aux réfugiés espagnols, et son envoi en Allemagne de 1943 à 1945 (camps de travail ou camp de concentration ?).

Dans ce livre, il crée la figure d’un double - lui-même en tant qu’enfant - avec lequel il dialogue. Fruit des méandres de son esprit à l’égard de sa mémoire.

** Je suis agacé par les comptes rendus de ces ouvrages, trouvés sur internet, dont les «critiques» n’ont visiblement pas vraiment lu ces livres. Effrayant.

Michel Renard
30 mai 2022

Temps de Franco com

 

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Michel del Castillo Tanguy

 

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Michel del Castillo en 1958 

 

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23 mai 2022

la guerre d'Espagne, selon Paul Preston

Paul Preston Fb

 

la guerre d'Espagne, selon Paul Preston :

une guerre d'extermination

 

Je viens de terminer la lecture éprouvante - que j’ai d’ailleurs dû fractionner - des presque huit cent pages (798 ; plus 124 p. de notes et références ; éd. Tallandier, 2019) de l’ouvrage de Paul Preston, un historien britannique spécialiste de l’Espagne du XXe siècle : Une guerre d’extermination. Espagne, 1936-1945.

Pourquoi «ÉPROUVANTE» ?

Parce qu’il s’agit des massacres commis derrière les lignes de combat dans les deux camps «nationaliste/fasciste» et «républicain» avec un bilan quantitatif nettement supérieur pour le premier : 130 000 contre 50 000 pour le second (p. 16 et 19).

Et parce que l’assassinat de tous types (hommes femmes, enfants) est perpétré contre des êtres sans défense. Non seulement Franco ne fait jamais de prisonniers à l’issue de ses combats mais surtout il élimine systématiquement tout ce qui peut ressembler à des gens de Gauche (Frente Popular) dans les territoires conquis.

Beaucoup de paysans ou d’ouvriers non impliqués dans la politique de la Seconde République (1931-1936/39) trouvent également la mort. Les «sacas» - arrestations et /ou extractions de prison, et mises à mort - se multiplient durant la nuit et jusqu’à l’aube.

La TERREUR est un objectif DÉLIBÉRÉ de Franco qui tient à éradiquer tout germe d’opposition future à son Espagne «régénérée». Au printemps 1937, Franco déclare à l’ambassadeur italien : «Je ne m’intéresse pas au territoire mais aux habitants. La reconquête du territoire est le moyen ; la rédemption des habitants est la fin» (p. 664).

Tout le territoire espagnol est visé par le travail de synthèse de Paul Preston qui s’appuie sur des centaines et des centaines d’investigations globales ou locales effectuées par des historiens espagnols.

Il est en résulte une suite de dépositions accablantes pour les généraux et officiers de Franco comme pour les soldats des unités de Marocains (Maures ou «regulares»), de Légionnaires et autres troupes. Les fusillades sont souvent précédées et/ou accompagnées de tortures, de viols, de pillage...

Pourquoi «EXTERMINATION» ?

Le titre anglais était Spanish Holocaust. Ce qui, dans un contexte français ne convient pas.

Le terme «extermination» est par contre employé, par exemple, par un chroniqueur jésuite, le père Alberto Risco, à plusieurs reprises : «le sentier de l’extermination», dit-il, à propos des troupes de «regulares» : «Avec le souffle d’un Dieu vengeur sur la lame de leur machette, ils poursuivent, ils détruisent, ils tuent... Puis, enivrée par l’odeur du sang, la colonne reprend sa marche». Le père jésuite jubile : «une deuxième journée d’extermination et de châtiment» (p. 521).

Un autre jésuite, Fernando Huidobro, s’élève, au contraire, et se mobilise contre ces pratiques, contre : «la guerre d’extermination que prônent certains» (p. 524).

Paul Preston étudie en plusieurs chapitres, la répression commise PAR LES RÉPUBLICAINS, le plus souvent contre des prisonniers enfermés entre février et juillet 1936, et soupçonnés de contribuer à l’action de sape de la «cinquième colonne» (expression du général Mola qui en avait menacé les Madrilènes).

Mais l’historien établit une distinction entre la politique d’annihilation de Franco contre ses adversaires, et la violence aveugle des Républicains, souvent le fait des milices anarchistes mais pas seulement, qui est  largement maîtrisée à partir de fin 1936» (p. 604).

Tellement de choses à dire... j’ai pris des dizaines de notes... Mais on sort bouleversé et écœuré devant ce degré d’inhumanité.

Tout au long de l’été brûlant, l’odeur pestilentielle des corps

À Huelva, prise par les franquistes, rapporte Paul Preston : «Dans l’intense chaleur estivale [août 1936], les cadavres entassés représentent un grave danger pour la santé publique. On les balance sur des camions qui font d’incessants allers retours entre la ville et le cimetière municipal. Ni les services sanitaires locaux, ni les morgues privées ne peuvent prendre en charge tant de cadavres ; ceux-ci sont donc aspergés d’essence, brûlés et enterrés dans de grandes fosses communes. Tout au long de l’été brûlant, l’odeur pestilentielle des corps rend l’air irrespirable. Les femmes de gauche qui n’ont pas été tuées ou violées après la capture de la ville subissent des humiliations. On leur tond la tête et on leur fait avaler de l’huile de ricin au prétexte que "leurs langues sont souillées"» (p. 498).

Le journaliste portugais Mário Neves et deux Français enrôlent un prêtre qui les «conduit au cimetière pour leur montrer les immenses tas de cadavres que l’on y fait brûler. Certains sont complètement carbonisés, mais on voit émerger ici et là des jambes et bras encore intacts. Devant la mine horrifiée des journalistes, le prêtre explique : "Ils l’ont mérité. Et puis, c’est une mesure d’hygiène indispensable". On ne sait si cette remarque porte sur les exécutions ou sur l’incinération des corps» (p. 498).

Et Franco est mort dans son lit.

Michel Renard
23 mai 2022

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9 mai 2022

Le Monarque des ombres, de Javier Cercas

Monarque des ombres Fb

 

Le Monarque des ombres

ou le lieutenant Manuel Mena mort à 19 ans,

grand-oncle de Javier Cercas

 

J’ai terminé hier Le Monarque des ombres, de Javier Cercas (éd. poche Actes Sud, 2018, 314 p.).

Double histoire du grand-oncle de Javier Cercas, le lieutenant Manuel Mena, jeune officier dans l’armée franquiste, et celle de Javier Cercas lui-même qui se débat avec cet héritage et enquête sur la figure à la fois héroïsée et occultée de son ancêtre.

Idéaliste engagé dans la Phalange, Manuel Mena est mort à l’âge de dix-neuf ans en septembre 1938 lors de la bataille de l’Èbre. Sa dépouille fut rapportée dans son petit village d’Estrémadure portant le nom d’Ibahernando.

On apprend à la fin du livre la raison de son titre.

Il s’agit d’une formule d’Ulysse dans l’Odyssée lorsqu’il s’adresse à Achille désormais dans le royaume des morts et qu’il le qualifie de «monarque des ombres» (p. 291), ce que Achille refuse disant préférer le monde des vivants même s’il était serf d’un serf.

La «belle mort, kalos thanatos», qu’aurait également refusée Manuel Mena selon l’un des témoins âgés interrogés par Javier Cercas.

À part quelques rares documents écrits, l’auteur visite les lieux de guerre fréquentés par Manuel Mena et sollicite la moindre personne pouvant parler de lui.

À force de ténacité et de hasards, il finit même par retrouver la maison et la chambre dans laquelle Manuel Mena est mort agonisant, le médecin n’ayant pas eu le temps de venir l’opérer.

Comme dans d’autres livres, que Javier Cercas met des années à se décider d’écrire, sont évoquées les complexités des engagements dans un camp ou dans un autre.

Plongée dans l’univers tourmenté de la guerre civile espagnole. Toujours par le recours au roman non fictionnel.

Michel Renard
9 mai 2022

 

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Ibahernando

Manuel Mena seul portrait

Manuel Mena, portrait

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Ibahernando, église

 

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5 mai 2022

l'homme qui inventa son anti-franquisme et sa déportation

L'imposteur Fb

 

l'homme qui inventa
 

son anti-franquisme et sa déportation

 

Après Anatomie d’un instant (sur le coup d’État du 23 février 1981 à Madrid), je suis passé à L’Imposteur, toujours de Javier Cercas (éd. poche, Actes Sud, 2014, 482 p.).

L’imposture a été révélée en 2005 par le jeune historien Benito Bermejo. Que dit-il ?

Qu'une grande figure de l’engagement républicain durant la guerre civile, de la résistance clandestine au franquisme dès 1939, et surtout de la déportation dans le camp de concentration nazi de Flossenburg (Autriche), porte-parole des déportés en Espagne et moyeu de la "récupération de la mémoire historique", adulé, récompensé, Enric Marco (né en 1921)... ne fut rien de tout cela.

Il avait tout INVENTÉ. Lorsque la vérité éclata, ce fut une onde de choc en Espagne et dans le monde entier.

Celui qui présidait l’Amicale de Mathausen n’avait jamais été dans un camp nazi. Il était même parti volontairement en Allemagne, même si son séjour là-bas se compliqua et qu’il fut accusé (mais finalement reconnu innocent) et séjourna en prison à Kiel.

Javier Cercas hésita longtemps avant d’écrire ce livre, mais il voulait comprendre quel fut ce personnage qui, autour de la cinquantaine, dans la période terminale du franquisme, entreprit de construire cette figure héroïque qu’il n’avait jamais été dans sa vie... mais qui y parvint en dupant tout le monde.

La fin est un véritable upercut...

Encore un roman sans fiction.

Mais Cercas fut critiqué, y compris par d’anciens déportés qui l’accusaient de donner du grain à moudre aux négationnistes ! Alors que sa probité est incontestable tant sur le plan méthodologique que sur le plan moral.

Ce livre est passionnant par la reconstitution de la vérité opérée par Cercas mais également par les réflexions de l’auteur sur les questions philosophique et historiographiques de la mémoire qui se substituait progressivement à l’histoire, sur les vertus ou non du mensonge.

Javier Cercas vitupère, avec raison, la «sacralisation du témoin» (p. 311-312).

Il est étonnant, dans tous les comptes rendus que j’ai lus, que jamais le rapprochement n’ait été évoqué avec l’œuvre de Jean Norton Cru (1879-1949) et son célèbre Témoins parus en 1929 (et sous forme abrégée "Du témoignage") dans lequel il analysait et critiquait un nombre impressionnant de récits produits par d’anciens combattants sur la Grande Guerre et le nombre tout aussi impressionnant d’idées fausses propagées sur la guerre...

Michel Renard
5 mai 2022

 commentaires

L'imposteur com

 

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Javier Cercas

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Enric Marco, l'imposteur

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Javier Cercas

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une "fiction" qui est en réalité une non-fiction

 

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1 mai 2022

investigation passionnante sur le coup d'État du 23 février 1981, un livre de Javier Cercas

Anatomie d'un instant Fb

 

investigation passionnante sur le coup d'État

du 23 février 1981 aux Cortès,

un livre de Javier Cercas

 

J’avais lu il y a plus de dix ans Les Soldats de Salamine (2002) de Javier Cercas (né en 1962), qui montrait les imbroglios possibles des rapports entre franquistes et républicains durant la guerre civile en Espagne (1936-1939).

Ces derniers jours, j’ai lu, du même Javier Cercas, Anatomie d’un instant (grand format, 405 pages, éd. Actes Sud, 2010).

Il s’agit d’un récit non fictionnel, l’auteur dit même que ce n’est pas un roman (p. 399), couvrant sous tous ses angles et tous ses participants (d’où certaines formules répétées plusieurs fois...) la tentative de coup d’État du 23 février 1981 par la prise en otage des députés et des membres du gouvernement aux Cortès.

L’épisode est resté célèbre par les images qui ont fixé le putschiste, le lieutenant-colonel Tejero, brandissant son pistolet, les soldats qui mitraillent en l’air, les députés qui filent sous leur siège.

Et, les trois hommes qui restent assis : le président du gouvernement Adolfo Suárez (qui vient de démissionner), son ami le général Guttiérez Mellado, et le communiste Santiago Carrillo.

Javier Cercas mène, après d’autres, sa propre enquête et l’énoncé de probabilités... plus que probables quand certains faits n’ont pas de témoins.

Investigation passionnante.

Avec, finalement un éloge d’Adolfo Suárez... comme principal acteur de la Transition vers la démocratie et la liquidation de l’essentiel du franquisme... et dont on comprend tout à la fin du livre le motif personnel qui attache Javier Cercas à Adolfo Suárez.

Michel Renard
1er mai 2022

commentaires

Anatomie d'un instant com

 

En 2011, une discussion au cinéma de Rive-de-Gier avec Jean-Luc Degraix et Michel Renard
http://profshistoirelcl.canalblog.com/archives/2011/10/22/22432391.html

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Alonso Armada, l'un des conspirateurs de février 1981

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13 avril 2022

toujours les mêmes mots qui disent les mêmes mensonges, Camus

Camus Carnets Fb

 

discours politiques :

toujours les mêmes mots qui disent

les mêmes mensonges

Albert Camus, 1937

 

Quand Albert CAMUS note dans Carnets en août 1937 ce qui reste d'une brûlante actualité après un certain 10 avril :

«Chaque fois que j'entends un discours politique ou que je lis ceux qui nous dirigent, je suis effrayé depuis des années de n'entendre rien qui rende un son humain. Ce sont toujours les mêmes mots qui disent les mêmes mensonges.

Et que les hommes s'en accommodent, que la colère du peuple n'ait pas encore brisé les fantoches, j'y vois la preuve que les hommes n'accordent aucune importance à leur gouvernement et qu'ils jouent, vraiment oui, qu'ils jouent avec toute une partie leur vie et de leurs intérêts soit-disant vitaux.»

Carnets I, mai 1935 - février 1942, éd. Folio, juillet 2021, p. 55-56.

Michel Renard
13 avril 2022

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29 mars 2022

Laissez-moi, de Marcelle Sauvageot (1933)

Marcelle Sauvageot Fb

 

«ce qui me fait souffrir, ce n’est pas tant

la mort d’un amour que celle

d’un être vraiment vivant,

que peut-être moi j’avais créé seule»

 

J’ai mis entre parenthèses plusieurs lectures camusiennes dont je rendrai compte ici, pour lire, sur le conseil d’un ami, Laissez-moi de Marcelle Sauvageot (1933).

Une psychologie au scalpel de la désillusion amoureuse, des chemins retors de la séparation d’un couple, ou plutôt, ici, d’une femme éconduite par son partenaire.

Marcelle Sauvageot (1900-1934) avait contracté, très jeune, la tuberculose et son livre est constitué des dernières lettres rédigées, ciselées, lors de son ultime séjour au sanatorium de Davos en décembre 1930.

Aucune violence, aucune revanche. Une grande lucidité : «Ce coin de moi vous a jugé, vous a mesuré et en vous mesurant, je voyais vos faiblesses, vos insuffisances ; où est le mal si je restais, si j’acceptais ces insuffisances, si je les aimais ?» (p. 39)

Les hommes ne sortent pas grandis de ce récit d’outre-amour : «Oh ! homme, tu veux toujours qu’on t’admire. Toi, tu ne juges pas, tu ne mesures pas la femme que tu aimes. Tu es là, tu la prends ; tu saisis ton bonheur, elle semble ne plus s’appartenir, avoir perdu toute notion : tu es heureux. Elle t’a crié : je t’aime, et tu es satisfait. Tu n’es pas brutal, tu es doux, tu lui parles, tu t’inquiètes d’elle ; tu la consoles par des mots tendres, tu la berces. Mais tu ne la juges pas puisque tu lui demandes d’être heureuse par toi et de te dire qu’elle est heureuse par toi. Mais...» (p. 40).

Et cette étonnante vérité sur l’un des mystères de l’amour : «ce qui me fait souffrir, ce n’est pas tant la mort d’un amour que celle d’un être vraiment vivant, que peut-être moi j’avais créé seule... Cet être était une union de vous et de moi, tels que nous nous voulions l’un et l’autre» (p. 72). Émouvante profondeur de l’âme.

Qu’est-ce qui provoque la rédaction de ces lettres déchirantes ? Celle qu’elle reçoit, à peine arrivée à Davos : «Je me marie... Notre amitié demeure...» (p. 29). Cruel.

Marcelle Sauvageot parle de la misère qui la ronge sans renoncer à sa propre estime, à sa fierté : «Je ne vous dirai rien. Mais laissez-moi. Laissez-moi souffrir, laissez-moi guérir, laissez-moi seule. Ne croyez pas que m’offrir l’amitié pour remplacer l’amour puisse m’être un baume ; c’en sera peut-être un quand je n’aurai plus mal. Mais j’ai mal ; et, quand j’ai mal, je m’éloigne sans retourner la tête. Ne me demandez pas de vous regarder par-dessus l’épaule et ne m’accompagnez pas de loin. Laissez-moi.» (p. 89)

Laissez-moi de Marcelle Sauvageot, Libretto, 2022 ; titré Commentaire en 1933.

Michel Renard
29 mars 2022

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Commentaire, avec un avant-propos

Commentaire, Marcelle Sauvageot

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sanatorium de Davos en 1930

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la maison d'enfance de Marcelle Sauvageot

 

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27 mars 2022

saine exaltation politique

Peuple du Trocadéro Fb

 

«Peuple du Trocadéro, vous êtes la France !»

 

«Peuple du Trocadéro, vous êtes la France !» Éric Zemmour, 27 mars 2022

Un inoubliable moment de saine exaltation politique.

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21 novembre 2021

Quelles sont les composantes de l'identité nationale ? Michel RENARD

Nouvel Économiste, 2008

 

- il y a "déjà" treize ans : Quelles sont les composantes de l'identité nationale ? Michel RENARD, pour Le Nouvel Économiste (20 novembre 2008).

 

Texte de mon apport

Nouvel Économiste 2008 Michel

 

Faut-il avoir honte couv copie

 

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11 novembre 2021

dictionnaire des monuments aux morts ( en cours)

Monuments aux morts Fb

 

dictionnaire

des monuments aux morts

(en cours de réalisation)

 

ils sont loin d'y être tous, sur mon blog... http://monumentsmorts.canalblog.com/ mais plus de 6000 photos de monuments aux morts d'après les cartes postales de l'époque.

Il y aurait 38 000 monuments aux morts érigés après la Première Guerre mondiale dans les communes de France. Leur grande diversité interdit de les qualifier simplement, même s'ils relèvent en partie de l'art de série.

La distance mentale qui nous sépare des combats et sacrifices de 1914-1919, ainsi que les contingences des années de sortie de guerre nécessitent, pour les comprendre, de procéder à leur inventaire, à une appréhension des contextes (politique, financier, culturel) et à une identification symbolique de ces édifices mémoriels nés de la Grande Guerre.

On imagine mal l'ampleur de l'élan commémoratif en France. Si l'on retient les six années de 1920 à 1925, il y aurait eu 16 ou 17 inaugurations par jour...!

http://monumentsmorts.canalblog.com/

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Michel Renard
11 novembre 2021

MAM blog titre

MAM blog page titre

MAM blog à la mémoire

Émile et inscriptions gravées
mon fils Émile, enfant, découvrant la gravure en creux sur un monument aux morts

 

lamentations monument aux morts

 

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