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15 octobre 2019

Annette Wieviorka et le statut du témoignage

Wieviorka Annette, titre

 

Annette Wieviorka et le statut du témoignage

 

Lu ces derniers jours...

Les réflexions d'Annette Wieviorka sur la nature et le statut des «témoins» me semblent pertinentes.

Elle parle de «Shoah» (le film) comme d'une œuvre d'art. Elle rapproche la vision de Daniel Goldhagen (Les bourreaux volontaires de Hitler) de celle de Gidéon Hausner lors du procès Eichmann. Elle reprend les critiques de Bruno Bettelheim à l'égard du Journal d'Anne Franck : son succès est dû à «notre volonté d'oublier les chambres à gaz».

Annette Wieviorka écrit : «Le témoin, porteur d'une expérience, fût-elle unique, n'existe pas en soi. Il n'existe que dans une situation de témoignage dans laquelle il est placé» au moment où l'on sollicite son témoignage.

Pour elle, dans L'ère du témoin : «le témoignage a donc changé. Ce n'est plus la nécessité interne seule, même si elle existe toujours, qui pousse le survivant à raconter son histoire devant la caméra, c'est un véritable impératif social qui fait du témoin un apôtre et un prophète» (p. 171).

Dans L'heure de l'exactitude, en partie auto-biographique, elle note : «J’ai été agacée, comme beaucoup de mes collègues, quand les médias ont "découvert" ce que le père Desbois a nommé d’une expression tout à fait contestable la "Shoah par balles", comme si l’agent de la destruction, la balle, pouvait définir l’événement. Il y aurait ainsi une Shoah par affamement ou par gaz ?».

Annette Wieviorka, L’heure d’exactitude. Histoire, mémoire, témoignage, entretiens avec Séverine Nikel, Albin Michel, 2011, p. 130-131.

Michel Renard
15 octobre 2019

commentaires

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31 août 2019

Nos sociétés libérales et démocratiques engluées dans un totalitarisme soft ? Michèle Tribalat

Michèle Tribalat
Michèle Tribalat, démographe

 

Nos sociétés libérales et démocratiques engluées

dans un totalitarisme soft ?

Michèle Tribalat

 

Michèle Tribalat à propos du livre du philosophe polonais, Ryszard Legutko :

«Contrairement à ce que beaucoup pensent, le monde démocrate-libéral moderne n’est pas si différent de celui rêvé par l’homme communiste.

L’homme démocrate-libéral, lui non plus, n’est guère troublé par les stéréotypes qui nourrissent ses pensées, la politisation croissante de la vie sociale, le triomphe de la médiocrité et, si l’idée effleure son esprit, il se convainc vite de l’impossibilité de tout changement, sauf pour le pire.

Sans doute saurons-nous inventer de nouveaux droits pour plus d’égalité, verrons-nous fleurir une littérature de plus en plus insignifiante, une rhétorique de la diversité toujours plus agressive masquant une uniformisation grandissante, écrit Ryszard Legutko, et arriverons-nous ainsi à ce que les communistes avaient planifié sans réussir à l’accomplir : “the regime man”.

Peut-être que les Européens s’en lasseront et chercheront à revivifier ou inventer d’autres aspirations.

Mais peut-être aussi sommes-nous arrivés à un stade où l’homme moderne reconnaît la vérité basique de sa condition et s’en satisfait. Preuve pour certains que l’homme a fini par accepter sa nature quand pour d’autres ce sera la confirmation de son invétérée médiocrité.»

Michèle Tribalat
citée par Michel Renard
31 août 2019

source Causeur : https://artofuss.blog/2019/09/01/nos-societes-liberales-et-democratiques-engluees-dans-un-totalitarisme-soft-michele-tribalat/ 

 

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8 septembre 2023

lecture de la Légende dorée par Jacques Le Goff

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la sacralisation chrétienne du temps

lecture de la Légende dorée par Jacques Le Goff

 

Terminé avant-hier le livre du grand médiéviste Jacques Le Goff À la recherche du temps sacré ( 2011, éd. Perrin, Tempus, 2014, 258 p.).

Compte rendu avec, comme toujours, de nombreuses citations.

Modestement qualifié par lui-même d’«essai», il s’agit en fait d’une analyse systématique, autour d’une idée (on va voir laquelle) de l’immense succès de diffusion et de lecture au Moyen Âge, La Légende dorée de Jacques de Voragine (1228-1298), écrit entre 1262 et 1297.

Dominicain et devenu archevêque de Gênes, il est originaire de Varage (Varazze), proche localité de la cité portuaire, et Le Goff n’hésite pas à le qualifier d’«intellectuel».

Son œuvre de «l’aboutissement de cet essor de la chrétienté» au XIIIe siècle (p. 20). Jacques de Voragine «a appartenu à l’ordre sans doute le plus instruit et le plus cultivé de l’époque» (p. 236).

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Jacques de Voragine prêchant

 

ce qui doit être lu

Je connaissais La Légende dorée depuis mes années étudiantes mais ne l’ai jamais lue intégralement. En tout cas, j’avais retenu les premiers mots de l’introduction due au révérend Père Hervé Savon, et que Jacques Le Goff ne rappelle pas, probablement parce que trop évidents dans son esprit :

- «Le titre de ce livre ne doit pas donner le change. Légende ne signifie pas ici conte ou récit fabuleux, mais simplement ce qui doit être lu. L’épithète "doré" ou plutôt "d’or", n’évoque pas les embellissements fallacieux de l’imagination mais annonce le poids et la valeur du contenu» (La Légende dorée I, 1967, éd. GF, p. 7).

Legenda, en latin : «Ce qui doit être lu», comme on dit agenda, «choses qui doivent être faites».

 

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une somme chrétienne sur le temps

La Légende dorée de Jacques de Voragine occupe le premier rang après la Bible en nombre de manuscrits médiévaux conservés.

Il ne s’agit pas d’un légendier ordinaire mais comme Jacques Le Goff le répète à maintes reprises, un ouvrage qui se veut :

- «fondateur d’un temps chrétien» (p. 24) ; «les saints sont des "marqueurs de temps" et contribuent à le sacraliser»(p. 45) ; «le caractère de somme sur le temps qu’est, à mes yeux, la Légende dorée» (p. 172) ; «la sacralisation du temps dont je m’efforce de démontrer qu’elle est le thème profond de la "Légende dorée"» (p. 199) ; «cette sacralisation de la durée humaine qui est, selon moi, l’objectif profond de la  La Légende dorée» (p. 207) ; «le temps recherché par Jacques de Voragine est un temps merveilleux» (p. 231).

 

les différents temps

La La Légende dorée n’est pas un légendier, c’est-à-dire un «catalogue hagiographique» mais un recours aux saints pour sacraliser le temps qui «combine le temps liturgique ou temporal avec un temps des saints ou sanctoral» (p. 39). Combinaison «emmenée par le temps eschatologique vers l’accomplissement du temps» (p. 96).

Mais cette grammaire des temps s’adosse à d’autres segments de la durée.

«Les quatre périodes ou temps en quoi est divisée la La Légende dorée (...) sont : le temps de "l’égarement" qui va d’Adam à Moïse, le temps de la "rénovation" ou du rappel qui va de Moïse à la nativité du Christ, le temps de la "réconciliation", entre Pâques et la Pentecôte, et, enfin, le temps de la "pérégrination", qui est la période actuelle. Reste un hiatus entre Noël et le temps pascal (...)» (p. 35).

On trouve encore une autre division, à l’occasion de l’explication de la circoncision qui a eu lieu le huitième jour de la vie terrestre de Jésus : «les huit jours représenteraient les huit âges du temps : d’Adam à Noé, de Noé à Abraham, d’Abraham à Moïse, de Moïse à David, de David au Christ, du Christ à la fin du monde, un septième âge étant celui de la mort de l’humanité et un huitième celui de sa résurrection» (p. 97).

Comme le dit Jacques Le Goff, sans aucune négativité : «le dominicain est un grand manipulateur du temps» (p. 98).

D’autres formes de temps sont évoquées. N’en citons qu’une seule : «Jacques de Voragine a ainsi su trouver dans les Confessions de saint Augustin une forme de temps particulièrement émouvante et angoissante : le temps de l’indécision et de l’attente» (p. 195).

 

153 saints

Qu’est-ce qu’un saint ? «La principale caractéristique d’un saint est d’avoir été choisi par Dieu pour se manifester sur terre à sa place (...)» (p. 39). Une spécificité du christianisme. «L’apparition des saints marque une des premières ruptures du christianisme avec le judaïsme qui ne distinguait que les prophètes et les patriarches» (p. 40).

On compte cent cinquante-trois saints dans la «Légende dorée».

Pourquoi ce nombre ?

Il correspond aux cent cinquante-trois gros poissons tirés du filet de la pêche miraculeuse (Évangile de Jean, 21, 11). Ainsi, pour Jacques Le Goff : «Le temps de La Légende dorée est un temps de pêche d’hommes à transformer en chrétiens voués à Dieu et au salut, et c’est la personne du Christ qui donne ce nouveau départ du temps des hommes» (p. 41).

 

qui est Jésus ?

Du chapitre de la La Légende dorée consacré à la Nativité du Christ, on apprend que celui-ci «arriva de façon merveilleuse». Mais la doctrine se complique, elle distingue le merveilleux et le miraculeux.

Jacques de Voragine :

- «rappelle que la naissance fut une merveille. Mais la personne du Christ est le résultat d’un miracle. Reprenant un texte de saint Bernard de Clairvaux, Jacques de Voragine souligne que le Christ est une combinaison miraculeuse car, dans la même personne, Dieu a réuni "l’éternel, l’ancien et le nouveau". L’éternel, c’est la divinité. L’ancien, c’est la chair humaine sortie d’Adam et continuant par générations successives à travers les siècles. Le nouveau, c’est que l’âme de Jésus transfigure l’âme humaine» (p. 77).

On en apprend encore sur ce Jésus nouveau-né, à partir des trois noms qui lui furent attribués. «désormais il put être appelé "Fils de Dieu", "Christ", "Jésus", les trois noms étant trois façons différentes d’exprimer le lien entre Dieu et l’homme» (p. 96).

Selon Jacques de Voragine «ces trois noms ont aussi une source et une signification spéciales. "Fils de Dieu" est le fondement de la foi et de la certitude ; "Christ" exprime le pouvoir de se répandre à la manière de l’onction ; pour "Jésus", Jacques de Voragine utilise une de ses grandes sources, et assez étonnante, saint Barnard de Clairvaux, pour qui Jésus signifie "nourriture", "source", "remède", "lumière"» (p. 96).

«La vie de Jésus incarné étant le centre, la force qui propulse le temps» (p. 167).

Et plus précisément : «Jésus, grand maître du temps, participant par sa nature divine à la création du temps divin et par son Incarnation à la pratique du temps humain» (p. 124) ; voir aussi (p. 55).

Enfin, à propos du chapitre consacré à saint Sylvestre : «l’argumentation [de celui-ci] pour affirmer que Jésus existait avant le temps» (p. 94).

 

Nativité ou Passion ?

À l’époque de la La Légende dorée, on voit la spiritualité chrétienne évoluer : «après avoir fait du christianisme essentiellement la religion d’un Dieu ressuscité, [elle] a accordé de plus en plus d’importance à la célébration de son Incarnation» (p. 36).

Pour Jacques de Voragine : «la Nativité de Jésus est le jour où se manifeste l’événement essentiel dans sa conception du temps sacré, celui du temps de la réconciliation de l’homme avec Dieu, que le péché originel avait prématurément fait dévier» (p. 191).

Je note une petite différence avec ce qu’écrivait Jacques Le Goff dans Un long Moyen Âge (2004) et que j’avais recensé il y a peu.

L’auteur disait en effet : «la religion a évolué de telle sorte qu’apparaît désormais au premier plan la représentation du Christ souffrant : le XIIIe siècle est celui de la Passion» (p. 95).

Alors primauté à la Nativité ou à la Passion ?

En tout cas, on se souviendra, avec Jacques Le Goff, que le XIIIe siècle «est celui de la promotion de l’enfance en chrétienté, marquée par la naissance officielle du culte de l’Enfant Jésus» (p. 153).

 

lire Le Goff

Lire À la recherche du temps sacré, c’est plonger dans un univers grisant aux évocations multiples (tellement plus nombreuses que celles mentionnées dans ce compte rendu).

Renouer avec nos riches et savantes racines médiévales dont il ne faut cesser de répéter qu’elles n’ont rien d’obscures mais qu’elles sont au contraire sources de lumières qui parviennent jusqu’à nos esprits.

Un patrimoine à défendre en ces temps de nihilisme, de confusions et d’attaques violentes contre notre héritage civilisationnel.

Michel Renard

 

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édition de 1348

 

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acques Le Goff, 1924-2014

  

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20 octobre 2019

lectures de Saül Friedländer et de Hélène Berr

Friedländer et Hélène Berre, 2019

 

lectures de Saül Friedländer et de Hélène Berr

 

Je viens de lire coup sur coup Quand vient le souvenir... de Saul Friedländer (éd. Points/Seuil 1998) et le Journal d'Hélène Berr (éd. Points/Seuil 2009).

Les deux œuvres ne sont pas comparables, bien sûr.

Friedländer est intéressant par ses réflexions sur les identités (garçonnet il a été sauvé et placé dans une école religieuse qui en a fait un catholique) et sur la distance «entre les événements et moi» : «le voile ne se déchirait pas. J'avais vécu en marge de la catastrophe...» (p. 158).

Le Journal d'Hélène Berr est une prouesse d'introspection «entre les événements et» elle. Pas Belzec ou Maïdanek que Friedländer ne parvient pas à mettre en mots, mais l'étouffante atmosphère des années 1942 et 1943 jusqu'à son arrestation le 8 mars 1944.

Elle pense d'abord à la souffrance des autres, de son entourage familial ou relationnel et de ce qu'elle apprend des persécutions (Drancy, Compiègne, Bordeaux...).

Elle se lamente de ne parvenir qu'à émouvoir «les autres» et à ne pas leur faire «comprendre» cette souffrance.

Hélène Berr est une voix d'un irréel humanisme : «Je crains que mon beau rêve ne puisse se compléter, se réaliser. Je ne crains pas pour moi, mais pour cette belle chose qui aurait pu être » (p. 198).

Son Journal est une butte-témoin déchirante du noir relief (disparu ?) dont est capable l'espèce humaine.

Michel Renard
20 octobre 2019

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22 décembre 2019

Bérénice Levet reproche au féminisme d'avoir opté pour la confrontation au lieu de la complémentarité entre H/F

Rainer Maria Rilke portrait

 

«Et peut-être les sexes

sont-ils plus parents qu'on ne croit»

Rainer Maria Rilke


Pour conforter Bérénice Levet qui, dans Libérons-nous du féminisme, reproche au féminisme d'avoir opté pour la confrontation au lieu de la complémentarité entre hommes et femmes, je livre ce propos généreux de Rainer Maria Rilke :

  • «Et peut-être les sexes sont-ils plus parents qu'on ne croit, et le grand renouvellement du monde consistera peut-être en ce que l'homme et la jeune fille, libérés de tout sentiment erroné et de toute répugnance, ne se chercheront plus comme des contraires, mais comme frère et sœur, et comme voisins, et se réuniront en tant qu'êtres humains pour porter ensemble, avec simplicité, sérieux et patience, ce que le sexe a de grave, et qui leur est imposé».

Lettres à un jeune poète (celle-ci, de 1903), Rainer Maria Rilke, Livre de poche, biblio, 2017, p. 56.

Michel Renard
22 décembre 2019

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commentaires (cliquer sur l'image pour une netteté parfaite)

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22 octobre 2023

En ce jour qui ramène le souvenir de la mort de mon fils

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 En ce jour qui ramène...


En ce jour qui ramène le souvenir de la mort de mon fils Pierre (22 octobre 2014), je préfère la mémoire de son extraordinaire vitalité, de son sens artistique, de la force qu'il dégageait face aux embûches d'une trop courte destinée, de l'amour qu'il nous a accordé, de l'invite qu'il nous adresserait probablement de continuer à vivre avec le souffle qui fut le sien.

Michel Renard

(2009, aux côtés de l'Archer de Bourdelle, musée des Beaux Arts, Lyon ; photo prise par lui-même)

 

11 septembre 2023

le vrai rôle du professeur : sur un livre d'Ambroise Tournyol du Clos

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le vrai rôle du professeur

sur un livre d'Ambroise Tournyol du Clos

 

Ambroise Tournyol Duclos est professeur au lycée de Saint-Chamond, il y est arrivé quand j’y étais encore. Agrégé d’histoire, il a vécu et enseigné en Centrafrique plusieurs années.

Chrétien engagé dans la défense intellectuelle de ses convictions, il propose l’éloge d’une école qui renouerait avec l’axe qui lui donne un sens : la transmission.

Compte rendu et réflexions (trop à dire...) autour de TRANSMETTRE OU DISPARAÎTRE, Ambroise Tournyol du Clos (éd. Salvator, 2021, 164 p.)

un combat interminable

Dieu sait si j’en ai lu et annoté des livres sur le naufrage de l’institution scolaire et de la «formation des maîtres» depuis 1983... !

Depuis les Maurice Maschino (Vos enfants ne m’intéressent plus, 1983, et d’autres titres), Jean-Claude Milner (De l’école, 1984), Finkielkraut, Jacqueline de Romilly, Brighelli, Cécile Ladjali avec George Steiner (Éloge de la transmission. Le maître et l’élève, Albin Michel, 2003) et tant d’autres, à tous les témoignages d’instituteurs (Marc Le Bris), de professeurs (Natacha Polony), d’élèves-professeurs dans les IUFM, ISPE, INSPE...

Sans oublier les militants de l’association «Sauver les Lettres», ceux du G.R.I.P. (Groupe de réflexion interdisciplinaire sur les programmes)...

Et en passant par l’article de mon fidèle ami Gérard Molina, agrégé de philosophie, «Refonder l’école ou accompagner sa dérive » (revue L’Aventure humaine, n° 10, dossier «Oser enseigner», éd. Puf, 2000).

Article remarqué par Xavier Darcos avant même qu’il ne devienne ministre, il était alors doyen de l’Inspection générale, dans un livre publié l’année 2000, L’art d’apprendre à ignorer (éd. Plon).

Le futur ministre écrivait, à propos du débat entre les républicains conservateurs et les pédagogues autoproclamés : «Gérard Molina, professeur de philosophie à l’IUFM de Paris, a très brillamment montré que cette discussion circulaire et aporétique de l’école sur elle-même, est aussi ancienne que l’école elle-même».

Il ajoutait en note : «Si je devais ne recommander qu’une seule et unique lecture sur la question scolaire, ce serait la lumineuse et savante intelligence de cet article d’une quarantaine de pages, auquel j’emprunte plusieurs arguments» (p. 198 de son livre).

Pris moi-même dans ce combat, j’ai créé en 2006, un blog intitulé «Pour une école de la culture, contre l’inquisition pédagogiste», avec 85 articles et 450 photos (ecoledelaculture.canalblog.com), et polémiqué avec des spécialistes en «sciences de l’éducation», des syndicalistes du SGEN, association de «Parents d’élèves» et autres contempteurs de la transmission des savoirs et de la culture, de l’exigence scolaire et de l’effort.

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une séquence longue

Tout cela pour dire quoi ? Deux choses.

D’abord, toutes ces démonstrations de l’intolérable abandon du savoir-faire des maîtres au profit des lubies des pédagogistes, toutes ces analyses sonnant le tocsin n’ont guère eu d’effet politique.

Malgré quelques velléités (Gilles de Robien, Darcos, Blanquer au début...), l’écrasante puissance d’inertie de la machine dans tous ses échelons et la puissance des lobbys (pédagogiste, parents d’élèves, Bercy et son libéralisme de gestion comptable au plus juste) ont eu raison du bon sens.

Et l’école s’est enfoncée dans les aberrations de méthode et «d’ingéniérie» de management (détricotage des contenus, évaluation des «compétences» (?) au lieu des savoirs, individualisme forcené multiculturalisme niveleur, idéologie écologiste et sociétale...), chutant régulièrement à chaque classement international.

Secondement, je pensais que cette séquence longue d’une triste décomposition devait probablement aller à son terme sans qu’on ne puisse plus la retenir. Mais quel terme ?

transmission

Ambroise Tournyol du Clos répond à cette question. Il écrit : «l’incroyable enjeu auquel notre société est confrontée : transmettre ou disparaître» en évoquant la «résistance» et même l’«objection de conscience» qu’il faut déployer pour y parvenir (p. 41).

Les symptômes qu’il relève ne sont pas nouveaux : baisse du niveau scolaire, fabrique des inégalités sociales, crise du recrutement (p. 19-22). Pour y faire face ? Une ambition déclinée par Ambroise Tournyol du Clos.

arrachement à l’empire de l’utile

«C’est par la transmission d’une culture commune, solide et exigeante, que nous pourrons réunifier "l’archipel français" (cf. Jérôme Fourquet). L’enseignement est un acte poétique [cf. p. 111-114] qui dévoile et élabore le sens du monde».

Ambroise Tournyol du Clos précise : «Comme nous l’apprend son étymologie latine, "insignio", enseigner c’est désigner, mettre un signe sur les choses et les êtres, signaler à chacun que la vie a un sens et qu’on la respecte mieux quand on la connaît mieux. Cet arrachement à l’empire de l’utile pourrait nous permettre de renouer avec la vérité de notre existence» (p. 23).

À ce titre, on ne peut que s’accorder avec l’auteur quand il déplore les «enseignements vidés de leur contenu (...) par des pédagogies idéalistes» (p. 33). Ou qu’il brocarde «la pédagogie de la diversion» (p. 95).

Enfin qu’il se désole avec une pertinence cruelle :

«Combien d’apprentissages concrets sont passés par pertes et profits au nom d’une moraline destinée à changer les cœurs et les consciences ? Combien d’enseignants se persuadent encore aujourd’hui que l’essentiel de leur mission est d’inculquer les valeurs de la République, le vivre-ensemble, l’amour de la démocratie, le rejet du racisme, la relativisation du genre plutôt que de transmettre l’intelligence du Moyen Âge, la saveur de la prose rabelaisienne, la rigueur des fonctions affines, l’observation patiente et méthodique d’une bactérie ?» (p. 33).

les parents responsables ?

Selon Ambroise Tournyol du Clos, oui. «Une bonne partie des difficultés auxquelles sont confrontées les enseignants proviennent d’un défaut d’éducation dans les familles» (p. 42). L’État a sa part de responsabilité dans ce constat.

En attestent «les initiatives intempestives et déplacées de (...) Peillon et Belkacem sous le mandat de François Hollande (2013-2017) ou, plus récemment encore, l’interdiction de l’instruction en famille et les contraintes toujours plus grandes imposées aux écoles hors-contrat au nom de la lutte contre le séparatisme. Au lieu de cibler les structures islamistes alors en cause» (p. 42).

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professeur artisan

On lira avec profit les développements qui désignent le professeur comme un artisan et non comme un exécutant des folles méthodes de «l’ingénierie pédagogique» des «chercheurs en sciences de l’éducation» (p. 44). Ou encore : «l’école souffre également d’un rapport servile aux modes pédagogiques» (p. 57).

Et on appréciera, ô combien, cette remarque : «tout professeur devrait se cultiver intimement et quotidiennement des matières qu’il dispense. Par la lecture, les conférences, le cinéma, la radio... On ne nourrit pas ses élèves si l’on n’est pas soi-même nourri de la substantifique moelle de la culture» (p. 47).

Incise personnelle. Il m’est arrivé de substituer à un cours, sans volonté délibérée au départ, l’évocation d’une lecture effectuée durant le week end qui venait de s’achever. Il s’agissait de La Serpe de Philippe Jaenada (éd. Julliard, 2017, 648 p.).

D’abord étonnés qu’on puisse lire plus de 600 pages en deux jours, ils ont surtout été tenus en haleine par le récit que j’en faisais (qui n’était pas exempt de rapport avec l’histoire en général), sans rien dévoiler des vérités ultimes bien sûr, malgré leurs supplications.

l’originalité d’Ambroise

À côté des idées artisanales sur le métier de professeur, défendues par tant de ses prédécesseurs, Ambroise Tournyol du Clos manifeste son originalité en les adossant à une démonstration philosophique et même religieuse.

Il leur donne une cohérence différente de celles qui puisaient leur pertinence sur le souci d’un peuple de perpétuer son histoire et sa culture par la transmission d’un héritage reçu qui s’exprime, selon la formule de Renan, par : «la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis». Indépendamment de toute conviction religieuse... ce qui ne veut pas dire de toute sensibilité religieuse.

Le professeur d’histoire de Saint-Chamond définit d’abord l’enseignement «comme un acte politique fondamental» (p. 67). Entorse à la laïcité ?

Non, parce qu’il n’est pas question de choix politique partisan mais, dirais-je, de la politique au sens grec : «ce qui transforme la communauté biologique en communauté politique» (p. 67).

Et le premier soutien de la voûte démocratique, c’est l’AUTORITÉ : «l’autorité permet la croissance de celui auquel elle s’applique» (p. 68). L’autorité, quelle légitimité ?

Réponse de l’agrégé d’histoire : «loin de se réduire à ses expressions concrètes, une certaine assurance dans le verbe mais aussi la discipline qui forme le cadre des apprentissages, l’autorité naît d’abord de la reconnaissance partagée d’une vérité TRANSCENDANTE. Quelque chose nous précède et nous dépasse, et la conscience de ce trésor destiné à enrichir notre cœur requiert notre obéissance en même temps que l’usage raisonné de notre liberté» (p. 71-72). 

 

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des alliances entre croyants et non-croyants

Ambroise Tournyol du Clos s’appuie sur Régis Debray (Croyances historiques, réalités religieuses, Gallimard, 2016), guère connu pour sa foi religieuse, qui écrit : «Si nous n’avions pas, non la faiblesse de croire, mais la force de croire, nous n’aurions pas d’avenir devant nous, ni de société où vivre, ni nulle envie d’agir. L’incroyance absolue est un luxe de légume, on aurait tort d’en abuser, sauf à vouloir sécher sur pied» (p. 74).

Le professeur d’histoire cite plusieurs fois Régis Debray, mais aussi Chesterton, Rémi Brague, Bergson, Bernanos, Camus, Hannah Arendt... Il en tire une conclusion : «l’exigence du sacré qui légitime le sacrifice et interdit le sacrilège, échappe ainsi à l’entendement de nos ministres qui ne connaissent plus que le confort rhétorique des "valeurs"» (p. 75).

la double allégeance

Comme mon intention est de donner à lire Ambroise Tournyol du Clos, je termine avec une ultime citation dont j’espère que nous saurons surmonter le défi qu’elle énonce : «L’enseignement de l’histoire souffre d’un défaut d’incarnation, parce qu’il s’est fixé un horizon moral indépassable» (p. 125) (M’sieur, c’est qui les gentils, c’est qui les méchants ?).

Devant ce fiasco : «l’effondrement du pacte républicain auquel nous assistons aujourd’hui devrait nous inciter à emprunter d’autres voies pédagogiques. L’individualisme croissant, le nihilisme ambiant ou encore les progrès du communautarisme islamiste mettent en échec notre ambition de former des consciences citoyennes. Nos élèves sortent de nos cours d’histoire, au mieux indifférents, au pire méfiants, cultivant le principe de la double allégeance : supporter, le temps du cours, la morale républicaine que l’Éducation se donne la tâche d’inculquer, apprendre à y résister à la maison ou ailleurs» (p. 126).

Michel Renard
9 septembre 2023

 

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14 août 2023

quelques-uns de mes blogs (liens)

Michel Le Progrès 2018 sans légende

 

liens vers quelques-uns de mes blogs

 

  • identité nationale, un livre de Daniel Lefeuvre et Michel Renard (2008)

blog identité

 

 

  • études coloniales, blog ouvert le 28 février 2006, contient plus de 800 articles

études coloniales blog

 

 

  • Saint-Chamond, le site le plus fourni en images sur le Saint-Chamond d'avant et sur celui d'aujourd'hui (plus de 8000 photos)

Saint-Chamond blog

 

 

  •  blog des professeurs d'histoire du lycée Claude Lebois à Saint-Chamond (que j'étais le seul à alimenter). Il pouvait aller jusqu'à 1200 visiteurs par jour.

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28 août 2023

quel rôle et quelle place pour la France au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ?

Capture d’écran 2023-08-28 à 11

 

quel rôle et quelle place pour la France

au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ?

 

J'ai terminé ces derniers jours d’août, Le déclassement français, des deux journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot (éd. Michel Lafon, janvier 2022, 318 p.) dont le sous-titre est assez explicite : «Élysée, Quai d’Orsay, DGSE : les secrets d’une guerre d’influence stratégique».

(* Note trop longue... sauf pour les passionnés de géopolitique)

Fruit de leur durable expérience de terrain (y compris les 124 jours de détention comme otages en Irak en 2004) et de nombreux entretiens fort riches : 47 personnalités sont citées mais il faut compter  avec celles qui ont tenu à l’anonymat), le livre est une expertise passionnante qui apprend beaucoup. Sa matière événementielle est dense.

Les différents chapitres correspondent le plus souvent au traitement d’un État, ou parfois ce qu’il en reste comme la Libye post-2011.

un passé chargé

Les raisons de la présence française dans ces régions qui vont des côtes atlantiques du Maroc jusqu’aux pieds des monts Elbourz qui abritent la capitale iranienne, relèvent de l’histoire.

Un passé plus ou moins long : les Échelles du Levant depuis le XVIe siècle, colonisation de l’Algérie depuis 1830, protectorats sur la Tunisie en 1881, sur le Maroc en 1912, rôle de puissance mandataire aux lendemains de la Première Guerre mondiale sur les décombres arabes de l’empire Ottoman (Liban et Syrie), présence de la France Libre au Levant dès 1941.

Mais la IVe République (guerre d’Algérie, opération de Suez en 1956) puis la Ve passent par là.

Et c’est avec de Gaulle que la France mène une «politique arabe» (déclaration du 29 juin 1967) :

  • «nous avons l’intention de conserver nos rapports avec Israël et avec les Arabes. En ce qui concerne ceux-ci, nous souhaitons les encourager à construire et à retrouver leur dignité. Quand je parle des Arabes, je parle du Caire aussi bien que de Damas et d’Alger».

Christian Chesnot et Georges Malbrunot prennent le témoin peu après cette période, après même l’époque de Jacques Chirac (p. 69 et 73-75, sur le Liban ; p. 107, sur l’Algérie ; p. 167-180, sur l’Iran ; p. 273, sur Israël).

image
6 août 2020, deux jours après les explosions, Macron se rend au Liban

le grand sérail libanais

J’ai été frappé par le volontarisme, voire la frénésie, des présidents au début de leur mandat. Ainsi Macron avec les «zaïms», chefs de clans, en août 2020 au Liban (p. 18-59) et sa tentative de réformer les institutions politiques de ce pays pour mettre en œuvre une série de grands travaux : «La parenthèse se referme sur deux mois d’engagement français au Liban. Emmanuel Macron a enregistré un revers» (p. 59).

Échec imputable à la classe politique libanaise incapable de former un gouvernement, à l’intransigeance des sunnites face aux chiites (p. 53) et à la volonté de ces derniers de conserver le ministère des Finances. Selon un parlementaire libanais lucide : «Le problème de la France, c’est qu’elle n’a pas les leviers qu’il faut pour imposer une politique aux Libanais» (p. 55).

L’éventualité des «sanctions» n’a pas fonctionné. Selon plusieurs interlocuteurs de Chesnot et Malbrunot - qui invoquent souvent le terme - ce serait «l’État profond», en particulier l’appareil diplomatique, mais aussi Bercy et la Banque de France, qui aurait dicté la reculade (p. 64-65).

Le système bancaire a souvent rendu service à de nombreuses sociétés françaises. Et les opérations ne furent pas toujours scrupuleuses, allant jusqu’à la corruption (p. 66). Sans compter le «puissant lobby» qu’on appelle «Beyrouth-sur-Seine».

L’Élysée se cabre. Le 6 août 2020, le chef de l’État accuse les dirigeants libanais «d’avoir tous touché» et le 27 septembre d’être des «traîtres» (p. 90). Le président Macron s’est trop impliqué, sa parole s’est dépréciée. Mais l’inertie libanaise a été décisive : «En fait, les dinosaures libanais ont eu raison de son volontarisme... après avoir vidé l’initiative française de sa substance» (p. 91).

Or, constate un haut responsable du Quai d’Orsay : si «la France recule au Liban, où peut-elle compter au Moyen-Orient ? C’est notre porte d’entrée au Levant. Nous n’en avons pas d’autre. Ce ne sera pas en Égypte, ni en Israël, ni en Arabie Saoudite, où nous ne pesons pas» (p. 94).

Cependant, la clé du Liban se trouve également en Syrie, que la France était parvenue à détacher du Liban (2005-2015). Aujourd’hui, la donne a changé alors que les objectifs de la France étaient de «contribuer à contrer la montée en puissance du camp pro-syrien» (lettre de cadrage du ministère des A.E. du 23 janvier 2019 ; p.61-62).

Pour un expert libanais : «On risque d’avoir au cours de ces prochaines années un non-pays, la Syrie toujours en guerre, qui renforcera son poids sur un non-État, le Liban toujours en crise économique» (p. 97).

révélations : Algérie

Il ne saurait être question de recenser toutes les analyses, confidences ou aveux que livrent Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Il faut se reporter au livre.

Emmanuel Macron et Abdelaziz Bouteflika à Alger en décembre 2017

Certains propos méritent de s’y arrêter tout de même. Ainsi le 6 décembre 2017, Macron rencontre Bouteflika et les gérontes du régime algérien. Il aurait prononcé cette tirade devant un parterre déstabilisé par une franchise inhabituelle :

  • «Vous êtes responsables du malheur de votre jeunesse et cette jeunesse vient me poser des problèmes dans les banlieues françaises ! Obtenir un visa pour la France, ce n’est pas un projet de vie pour vos jeunes. Donnez-leur du travail» (p. 100).

En effet étonnant franc-parler ! Que ne le tient-il en France... Mais de tous les projets annoncés, aucun ne voit le jour (p. 103).

Les deux journalistes recueillent ce credo victimaire outrancier mais officiel de la part de Ammar Belhimer, ministre de la Communication :

  • «Nous sommes un peuple qui a échappé à l’extermination [!!]. C’est pourquoi l’assainissement de la question mémorielle franco-algérienne passe par la logique des trois "R" : responsabilité du crime colonial, repentance et réparations. Le problème, c’est qu’il existe encore une charge néocoloniale très forte dans le regard que porte la France sur l’Algérie» (p. 105). «Relation névrosée» (p. 111).

Le même discours est tenu, en France, par les «indigénistes», les islamo-gauchistes et tous les repentants... jusque dans le système scolaire !

«Nous sommes tétanisés avec l’Algérie, et nous sommes manipulés par le Maroc» déplore un diplomate français (p. 129).

échecs et coups tordus : Libye, Iran

La Libye ? Échec de la médiation entre les deux pouvoirs locaux : le général Haftar à Benghazi et le civil Saraj à Tripoli (p. 137-139). Entre lesquels la France hésite : «cacophonie» (p. 149).

De l’Iran en voie de nucléarisation, on retiendra l’opposition entre une ligne héritée de Chirac «ami des sunnites mais qui ne veut pas isoler l’Iran chiite» (p. 167) et « l’État profond» partisan d‘une ligne dure face aux initiatives d’enrichissement de l’uranium et de multiplication des centrifugeuses par Téhéran (p. 176-180). 

analyses suivies

Christian Chesnot et Georges Malbrunot traitent de Bagdad, des Émirats arabes unis (Abu Dhabi, Dubaï) «premier partenaire stratégique de la France dans le golfe Persique» (p. 253-254), de l’Égypte, de la Turquie et son double jeu vis-à-vis de Daech, d’Israël...

À propos de l’Égypte, retenons, d’après l’un des participants, cette déclaration accordée en septembre 2017 lors d’une rencontre avec des ONG à New-York : «Nous avons besoin d’al-Sissi pour deux choses. D’abord pour nous débarrasser des Frères musulmans et ensuite pour régler le problème libyen» (p. 222).
Eh bien ! En tout cas, en France, Macron ne semble pas rivé au même objectif à l’égard des Frères musulmans... !

hyperactivisme et coup médiatique

Christian Chesnot et Georges Malbrunot épinglent Macron pour «sa diplomatie à la hussarde, hyperactive mais au final plutôt stérile» (p. 298).
Pour ce président «encore plus que sous ses prédécesseurs, la recherche du coup médiatique a été souvent la règle, comme si la politique extérieure se concevait tel un levier de politique intérieure pour se renforcer dans les sondages» (p. 298).

atouts, sur quels théâtre ?

Notre pays ne pèse plus guère dans cette région du Maghreb et du Moyen-Orient. Les «fleurons du CAC 40 décrochent encore de belles affaires» (p. 315) mais «le principal vecteur d’influence de la France dans la région reste son outil militaire et ses ventes d’armes» (p. 316).

Quelle configuration géopolitique au début des années 2020 ?

  • «Le Moyen-Orient d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui dans lequel évoluait Jacques Chirac. Sur les décombres des bien mal nommés Printemps arabes, qui ont entraîné l’affaiblissement d’États phares, comme l’Égypte, la Syrie, voire l’Irak pour d’autres raisons, les puissances bien placées désormais pour le dominer sont... non arabes : Israël, la Turquie et l’Iran» (p. 317).

Christian Chesnot et Georges Malbrunot désignent les deux blocs antagonistes qui se font face au Moyen-Orient : les puissances sunnites du Golfe, affaiblies par les hésitations américaines, et Israël d’un côté, et de l’autre «l’axe de résistance» aux États-Unis avec l’Iran et ses alliés au Yémen, en Syrie, au Liban, en Irak et jusqu’à Gaza (p. 317).

«Comment Paris peut-il s’inscrire dans ce face-à-face régional ?» (p. 317). Quelles forces sortiront la France du déclassement ?

Michel Renard
28 août 2023

Déclassement français couv

Christian-Chesnot-et-Georges-Malbrunot

Christian Chesnot_et Georges Malbrunot

Macron à Beyrouth 6 août 2021
Macron à Beyrouth, le 6 août 2021

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16 novembre 2019

le philosophe Jean-François Braunstein contre les théoriciens du genre, de l’animalitaire et de l’euthanasie

Philosophie devenue folle Fb

 

 

le philosophe Jean-François Braunstein

contre les théoriciens du genre,

de l’animalitaire et de l’euthanasie

 

Je viens de lire, crayon en main, La philosophie devenue folle de Jean-François Braunstein (professeur à la Sorbonne) qui décortique les «œuvres» .

Ces gens-là sont peu connus en France, ils proviennent du monde anglo-saxon (États-Unis, Australie, principalement).

Jean-François Braunstein a eu le courage de lire ces publications qui remontent avant même les années 1960…

Qui connaît, ici, l’introducteur du concept de «genre» en 1955, John Money, psychologue et sexologue à l’université John Hopkins (Baltimore, États-Unis) ? Il écrit : «le comportement et l’orientation sexuelle mâle ou femelle n’ont pas de base innée, instinctuelle» (p. 35).

Il était spécialiste de l’hermaphrodisme (intersexualisme, transexualisme) et persuadé que la culture l’emportait sur la nature après les opérations chirurgicales de réassignement sexuel.

Pour lui, selon Braunstein : «ce qui est déterminant dans l’identité sexuelle n’est pas le sexe biologique mais le "genre" qui est construit par l’éducation et la culture» (p. 39).

Il avait un cas exemplaire, celui de John/Joan (David Reimer de son vrai nom), un garçon dont il a voulu faire une fille. En France, c’est Michel Onfray qui a révélé le dénouement dramatique de cet épisode puisque John/Joan a fini par se suicider.

Après John Money, il y a eu les Fausto-Sterling (le corps n’est que le résultat de la culture, il n’offre aucune «objectivité» antérieure à l’empreinte de la culture, p. 81), et les Judith Butler (le sexe n’est pas un fait anatomique mais un «fait» créé par le discours, p. 79) bien critiquée par Sylviane Agacinski… aujourd’hui interdite de conférence à l’université de Bordeaux !

Dans le domaine des «études» animalitaires, le délire est la règle avec Peter Singer (citoyen australien) et Donna Haraway qui abolissent la frontière entre l’humain et l’animal et se déchaînent dans des projets de zoophilie éthique (Singer) ou de zoophilie cosmique (Haraway).

Je ne veux pas faire un compte rendu de lecture qui serait trop long ici.

Mais Jean-François Braunstein note que «la folie animalitaire actuelle est en fait celle d’un humanisme envahissant qui veut plaquer les valeurs humaines sur l’ensemble de la nature» (p. 274).

Sur l’euthanasie, des gens comme Peter Singer ou d’autres prônent l’infanticide («On peut tuer un enfant de trois semaines pour des raisons frivoles» dit Singer cité par Raymond Gaita ; p. 332). Braunstein critique la notion de «mort cérébrale» dont la «pente glissante» est la nationalisation des «cadavres» (le sont-ils vraiment ?) pour le prélèvement non consenti des organes.

effacer, au sens strict, toutes les frontières

«Théorie du genre, droits de l’animal et enthousiasme pour l’euthanasie puisent aux mêmes sources, d’amour, de bienveillance universelle (…) de telles prises de position manifestent une volonté déterminée d’effacer, au sens strict, toutes les frontières. Celle, fondamentale, de la dualité des sexes. Celle, traditionnelle, qui sépare l’homme de l’animal. Celle, sacrée, qui pour les humains trace la ligne entre vivant et mort» (p. 380).

Avant La philosophie devenue folle, j’avais lu L’homme dévasté du philosophe Jean-François Mattei… mais j’en parlerai plus tard.

Michel Renard
16 novembre 2019

commentaires

Philosophie devenue folle com

 

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11 novembre 2021

dictionnaire des monuments aux morts ( en cours)

Monuments aux morts Fb

 

dictionnaire

des monuments aux morts

(en cours de réalisation)

 

ils sont loin d'y être tous, sur mon blog... http://monumentsmorts.canalblog.com/ mais plus de 6000 photos de monuments aux morts d'après les cartes postales de l'époque.

Il y aurait 38 000 monuments aux morts érigés après la Première Guerre mondiale dans les communes de France. Leur grande diversité interdit de les qualifier simplement, même s'ils relèvent en partie de l'art de série.

La distance mentale qui nous sépare des combats et sacrifices de 1914-1919, ainsi que les contingences des années de sortie de guerre nécessitent, pour les comprendre, de procéder à leur inventaire, à une appréhension des contextes (politique, financier, culturel) et à une identification symbolique de ces édifices mémoriels nés de la Grande Guerre.

On imagine mal l'ampleur de l'élan commémoratif en France. Si l'on retient les six années de 1920 à 1925, il y aurait eu 16 ou 17 inaugurations par jour...!

http://monumentsmorts.canalblog.com/

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Michel Renard
11 novembre 2021

MAM blog titre

MAM blog page titre

MAM blog à la mémoire

Émile et inscriptions gravées
mon fils Émile, enfant, découvrant la gravure en creux sur un monument aux morts

 

lamentations monument aux morts

 

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18 août 2023

deux journalistes français, otages des islamistes à Bagdad en 2004 : les mémoires de Christian Chesnot et de Georges Malbrunot

Mémoires d'otages couv

 

deux journalistes français, otages des islamistes

à Bagdad en 2004 : leurs mémoires

 

Pour une raison circonstancielle, j’ai lu les Mémoires d’otages, des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot (éd. Calmann-Lévy, 2005, 255 p.).

Une histoire qui remonte à la fin de l’été et à l’automne 2004. Les deux journalistes, qui travaillent au Proche-Orient depuis des années, sont alors en 2003, l’un à Amman en Jordanie (Chesnot) et l’autre à Bagdad (Malbrunot) depuis la chute de cette capitale, devant l’encerclement américain, le 9 avril (p. 65).
Les deux couvrent donc la guerre en Irak depuis le 20 mars 2003 quand les États-Unis ont lancé des missiles sur Bagdad et que ses troupes débarquent dans le sud du pays à partir du Koweït.
La France était contre cette guerre : discours de Dominique de Villepin le 14 février puis de Jacques Chirac le 16 mars 2003. Les deux journalistes également.
Présent à Bagdad, Georges Malbrunot effectue également des allers et retour en Jordanie (p. 69).
Leurs futurs ravisseurs se revendiquèrent de l’Armée Islamique en Irak (sunnites) dont nombre de membres «sont en fait des anciens militaires ou agents de renseignement liés à l’ancien régime [de Saddam Hussein] (p. 236).

enlèvement
Le 9 août 2004, Christian Chesnot et Georges Malbrunot quittent Amman pour Bagdad. Le 20 août, renonçant à leur hôtel et en route pour la ville de Najaf, fief du mahdi chiite Moqtada al-Sadr encore en guerre contre les Américains, ils sont enlevés, vers 10 heures du matin, ainsi que leur «fixer» (p. 70), c’est-à-dire leur assistant, guide et chauffeur.
Ils évoquaient leur vie «peu banale, formidablement intense ! Celle de journalistes libres» : «Et soudain cette vie bascule. Nous ne comprenons ni comment ni pourquoi mais en quelques heures nous vivons les moments les plus durs et les plus incertains qu’il nous ait jamais été donné de connaître. Des combattants dont nous comprenions le sens de la lutte, nous transforment en colis qu’ils jettent dans un coffre. Des hommes au visage masqué jouent avec notre moral et notre capacité de résistance» (p. 72-73).

trois angles
Le récit de cette détention, qui dure 124 jours, jusqu’au 21 décembre 2004, est rapporté sous trois angles.
D’abord, par l’expérience quotidienne de la privation de liberté et le vécu, «up and down», en fonction des attitudes et des annonces contradictoires qu’ils reçoivent de la part de leurs geôliers : «Il y a de quoi déstabiliser l’esprit le plus solide. L’enfermement et la pression psychologique rendent l’otage hypersensible. Un silence suffit à nous renvoyer au tapis. Mais un simple geste nous redonne espoir» (p. 209).
Ensuite, une fois libérés, ils prennent connaissance des réactions de leurs familles, de leurs proches, des responsables gouvernementaux, des leaders politiques ou religieux (notamment musulmans, dont une délégation se rend à Bagdad) et de l’opinion publique à leur égard. C'est l'angoisse qui domine ces réactions.

Et enfin, ils mènent leur contre-enquête auprès de très nombreux protagonistes des efforts entrepris pour les libérer. Petit détail, ils apprennent que : «pour la première fois dans l’histoire des prises d’otages, des négociations s’engagent par courrier électronique» (p. 216).
Surtout, ils découvrent le dispositif énorme déployé par la diplomatie et par la DGSE (services secrets extérieurs). Le travail commun de ces deux services «a payé» (p.238).
À Bagdad, «dans l’ombre, M. X. le chef de poste de la DGSE épaulé par trois officiers traitants, a été chargé de valider les filières de négociation» (p. 238). Près de soixante personnes affirmèrent avoir accès aux ravisseurs !

«À la "Piscine" [siège de la DGSE, boulevard Mortier], une cellule de crise d’une centaine d’agents a travaillé vingt-quatre heures sur vingt-quatre, week-end compris. 70 000 écoutes ont été traduites, décryptées et analysées. À Beyrouth, Damas, Amman, les postes de la DGSE ont été eux aussi très sollicités et renforcés à certains moments» (p. 238).
«Pendant les 124 jours de notre détention, un Hercule C130 de l’armée française stationnait en permanence sur le tarmac de l’aéroport militaire de Marka dans la banlieue d’Amman» (p. 238).
Comme cet enlèvement s’était déroulé «sur un terrain inamical sans point d’appui locaux», le résultat fut une «progression très lente» (p. 239).

le coût politique
Alors, quel a été l’élément permettant la libération des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot ? Un coût politique apparemment «faible», disent les auteurs.
Mais pour remarquer aussitôt que l’allusion qu’y fit Jacques Chirac le 9 janvier 2005 semble faire référence à quelque chose de plus fort : «Il y a ce que l’on sait - dit le Président - et il y a ce que l’on ne sait pas... et surtout il y a le coût politique !» (p. 244).

Ce coût politique, ils l’ont su quelques années plus tard :
«Nous l’avons appris de la bouche d’un journaliste irakien d’Al Jazeera, proche de nos geôliers. L’intéressé, Sabah al Qaïssi, confia à ce confrère en 2008 ou 2009 avoir recouvré la liberté en échange de celle de "deux journalistes français". Sur le coup, cela m’a fait sourire. En effet, j’avais été très dur dans mes papiers contre les États-Unis, qui avaient commis tant d’erreurs, après avoir sans peine renversé Saddam Hussein du pouvoir à Bagdad en avril 2003. En fait, ce sont eux qui ont ouvert les clés de notre geôle, le 21 décembre 2004» raconte Georges Malbrunot dans un entretien accordé à la Revue Civique en ligne (n° 13, printemps 2014).
Michel Renard
18 août 2023

Chesnot et Malbrunot

  

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1 juillet 2023

l'ignorance d'une agrégée d'histoire chez LFI

LFI d'Artagnan Fb

 

l'ignorance d'une agrégée d'histoire chez LFI

ou : la République n'est pas là

où sont les émeutiers

 

L'ignorance règne en maître chez les «Insoumis»... !! Une HONTE pour cette «historienne»...

Réponse à l'idée que la République aurait été fondée par des émeutiers :

- en 1870, la République a été proclamée par Gambetta à l'Hôtel de Ville SANS destruction de bâtiments publics, et officialisée par un amendement législatif en 1875.

- en 1944, la République a été rétablie dans les faits par le Gouvernement provisoire de la République française du général de Gaulle... SANS émeutiers sauf des combats contre les soldats allemands.

Elle est officialisée par le référendum du 13 octobre 1946, SANS émeutes

- Le 28 septembre 1958, le Ve République a été approuvée par référendum. Il n'y a PAS eu destruction de bâtiments publics.

- la PHOTO de son tweet représente la prise de la Bastille en juillet 1789, rien à voir avec la République.

Cet évènement du 14 juillet et ceux qui l'ont précédé en juin ont ouvert une séquence de monarchie constitutionnelle jusqu'en août/septembre 1792.

Si cette dame est historienne, moi je suis député Lfi...

Et si on parle de la Ière et de la IIe République :

- le 21 septembre 1792, les députés de la Convention, réunis pour la première fois, décident à l'unanimité l'abolition de la monarchie constitutionnelle en France. Il y a certes eu la prise des Tuileries, résidence du Roi, le 10 août précédent mais pas d'émeutes contre les bâtiments publics.

- les barricades des 23 et 24 février 1848 visaient le roi Louis-Philippe et non les bâtiments publics en général. La République est proclamée le 24 février et la Constitution votée par l'Assemblée le 4 novembre 1848.

- Où sont les destructions de bâtiments publics, Mme d'Artagnan ?

Et quand je pense que cette Isabelle d'Artagnan est agrégée d'histoire et docteur en histoire médiévale de la Sorbonne et qu'elle enseigne même à la Sorbonne...!

Quel affaissement du savoir universitaire...

Une véritable décérébrée ignorant tout de la Révolution et de l'histoire des Républiques en France.

Michel Renard
1er juillet 2023

commentaires (cliquer sur l'image pour une nettetée parfaite)

LFI d'Artagnan Fb com 1

LFI d'Artagnan Fb com 2

  

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9 août 2023

Kamel A.

Kamel, fauteuil

 

Kamel

 

Kamel A., ancien élève au lycée, aujourd'hui mon ami. Immense lecteur, il m'éblouit souvent par l'ampleur de sa curiosité et de ses connaissances littéraires... et autres.

Un être exceptionnel mais resté modeste.

Kamel me rend visite régulièrement et nos longues discussions sont toujours très stimulantes... même lorsqu'on les poursuit au restaurant.

Ce jeune homme possède une bibliothèque qui ferait pâlir d'envie nombre d'entre nous. Et, surtout, un esprit d'une grande élévation.

Michel Renard
9 août 2023

Kamel com

 

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21 mai 2023

Florence Bergeaud-Blackler : les sciences sociales en France ont fait une large place à la théorie de l’islam politique

FBB contre Seniguer

 

Florence Bergeaud-Blackler :

les sciences sociales en France ont fait une large

place à la théorie de l’islam politique légaliste

  

La conclusion de Florence Bergeaud-Blackler dans sa réponse aux accusations de Haoues Seniguer (IEP de Lyon) est terriblement accusatrice à l'égard des «sciences sociales» qui prétendent étudier l'islam contemporain :

* voir le site Observatoire des idéologies identitaires

  • «Depuis plusieurs décennies, les sciences sociales en France ont fait une large place à la théorie de l’islam politique légaliste, se laissant aller à imaginer un islamisme européen compatible avec la démocratie.
  • Pour s’imposer cette théorie a criminalisé toute autre vue.
  • Elle l’a fait sans rencontrer de réel obstacle car personne n’osait véritablement affronter et contredire une thèse rassurante.
  • Le frérisme s’est imposé notamment par le verrouillage de la critique, et l’interdiction de penser la dimension programmatique de la doctrine sous peine d’être accusé d’islamophobe et de complotiste.
  • En mettant au jour cette dimension, mon livre a déclenché la fureur.»


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8 mai 2023

Puis vint cette voix...

Capture d’écran 2023-08-12 à 20

 

Puis vint cette voix...


Le 8 mai est, depuis 1920, la Fête nationale de Jeanne d'Arc et du patriotisme. On l'a trop oublié.

Nous étions quelques-uns en l'église Saint-Pierre de Saint-Chamond devant l'autel de Jeanne.

Beau moment de ferveur et de spiritualité.

Après les prières et invocations récitées par Isabelle Surply, m'est revenu spontanément en mémoire le quatrain de Jeanne que je me suis entendu réciter à voix haute à notre petit groupe :

"Puis vint cette voix
Environ l'heure de midi
Au temps de l'été
Dans le jardin de mon père".

 

Puis vint cette voix

 

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17 juillet 2023

le Qatar à la conquête de l'islam en France

Qatars Papers Fb

 

le Qatar à la conquête

de l'islam en France

 

Les millions du Qatar pour l’islam en France. Sans retour ?

- Je m’étais promis d’écrire un petit compte rendu des huit livres lus ces dernières semaines au sujet de Jeanne d’Arc... et d’autres aussi. L’actualité a relayé cette promesse à plus tard.

Alors, je vais parler du tout dernier : QATAR PAPERS. Comment l’émirat finance l’islam de France et d’Europe, des deux journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot (éd. Michel Lafon, 2019, 293 p.), qui furent otages en Irak en 2004.

Un lanceur d’alerte leur a permis l’accès à une masse de documents, la plupart en langue arabe, qui concernent Qatar Charity, la plus puissante ONG qatarienne. Nature de ces «papers» ?

Des échanges avec de nombreuses associations islamiques liées au réseau des Frères musulmans en France notamment, des copies de virements bancaires par dizaines, des tableaux récapitulant les sommes versées...

Je connaissais un peu la configuration du financement prosélyte de l’islam en France dans les années 1990. Mais vingt ou trente ans plus tard, l’inventaire a sacrément changé !

Ces dernières années, c’est le Qatar qui a pris le relais des consulats (Algérie, Maroc), du Ditib (organisme turc), ou de l’Arabie saoudite voire du Koweit. En tout cas le Qatar est passé devant ces pourvoyeurs de financement des mosquées.

Christian Chesnot et Georges Malbrunot ont traduit ces documents et nos soupçons se confirment.

Des millions sont déversés, par Qatar Charity, aux associations qui font construire des mosquées et des centres islamiques : Mulhouse (gigantisme), Strasbourg, Nantes, Reims, Villeneuve-d’Ascq, Le Havre, Bagnolet, Saint-Denis, Montpellier, Nîmes, Décines, Poitiers, le lycée privé Averroès de Lille, etc...

Alors que l’Élysée parle de 10 ou 14 millions, les auteurs de «Qatar Papers» chiffrent à 25 millions l’investissement de Qatar Charity (p. 25), ou encore à près de 30 millions (p. 280).

Lieux de prières mais aussi centres «culturels», cours de langue arabe, écoles privées, jardins d’enfants, cabinet médical... tous les éléments d’une contre-société («séparatisme») en cours d’édification.

Ce n’est pas seulement un projet religieux mais celui, politique, des Frères musulmans qui travaillent à la propagation d’une charî‘a dans tous les domaines de la vie des individus résidant en Europe occidentale - pour un temps encore non majoritairement musulmane...

Le leader mondial des Frères musulmans, cheikh Al-Qaradawi (mort en 2022) l’annonce le 28 juillet 2007 dans une vidéo : «La conquête de Rome, la conquête de l’Italie et de l’Europe, signifie que l’islam reviendra une nouvelle fois en Europe (...) sans avoir recours à l’épée (mais) par la prédication et les idées» (p. 207).

Certes, le financement du prosélytisme par le Qatar n’atteint pas le montant du marché du halal : 5 milliards d’euros (faute dans le livre qui mentionne 500 milliards, p. 281). Mais la nourriture halal est éphémère alors que les mosquées sont durables. Et l’islam qui y est délivré est obscurantiste, misogyne, souvent antisémite, clairement opposé aux valeurs et aux mœurs de l’Occident.

Les velléités affichées par les gouvernements successifs de «contrôler» le financement de l’islam par l’étranger ne dépassent guère le stade du discours.

Et on ne fera pas face à cette expansion d’une idéologie mortifère pour notre identité historique en invoquant seulement la laïcité. Une réaction culturelle, et institutionnelle, d’ampleur est nécessaire.

Michel Renard
17 juillet 2023

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Qatars Papers com

Qatar papers couv

 

Décines
"centre interculturel de Décines" (69), en réalité une mosquée

 

Mosquee-Mulhouse
mosquée et centre islamique de Mulhouse : un complexe géant

 

Msq Bagnolet
mosquée de Bagnolet (93)

 

Msq Poitiers
 mosquée de Poitiers, dite du Pavé des martyrs (chouahada) de 732 repoussés par Charles Martel.

 

Msq Reims
grande mosquée de Reims

 

Villeneuve d'Ascq
mosquée de Villeneuve-d'Ascq (Nord)

 

17 juillet 2023
"chaque Français devrait livre ce livre"

 

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30 mai 2022

le conflit ibérique découvert de son manteau de rhétorique : trois livres de Michel del Castillo

Temps de Franco Fb

 

le conflit ibérique

découvert de son manteau de rhétorique

 

Je viens de lire d’affilée trois livres de Michel del Castillo (né en 1933) :

* Le temps de Franco (Livre de Poche, 2008, 438 p.). Michel del Castillo est anti-franquiste il a su écrire un livre, qui n’est pas d’un historien (il l’appelle «récit») mais qui est historiquement vrai de bout en bout, et qui prend à contre-pied le légendaire pro-républicain - que j’ai longtemps adopté dans ma prime jeunesse (et encore...).

Il dresse le portrait d’un Franco «militaire chimiquement pur».

Il ne nie rien des atrocités commises par les troupes du généralissime. Mais il se montre démystifiant envers l’autre camp : «Deux mots ont recouvert le conflit ibérique d’un manteau de rhétorique : "république", fiction de justice et de liberté ; "révolution", espérance aussi vague que lumineuse, une parousie» (p. 247).

Ou encore : «Contrairement à ce qui se dit, s’écrit encore, il n’y a pas d’un côté une république démunie, une armée moderne et suréquipée de l’autre. En réalité, il n’y a pas de république du tout, non plus que de démocratie menacée par le fascisme» (p. 242).

L’État républicain est une fiction, la réalité du pouvoir étant passée aux mains des syndicats, des partis politiques, de leurs milices (p. 242) et particulièrement des communistes cornaqués par les envoyés du NKVD.

Selon Michel del Castillo, Franco n’est «pas un fasciste» (voir aussi p. 136), mais un anti-idéologue, un conservateur, un anti-marxiste, un anti-communiste (p.309) ; un obsédé de l’ordre et un catholique fervent, adepte même du national-catholicisme (p. 421-422).

Beaucoup d’analyses pertinentes.

Certaines peuvent paraître un peu trop favorables à Franco.

Excellente postface qui situe le régime franquiste : «une dictature militaire très dure durant ses cinq premières années, de 1939 à 1943, sévère et vigilante ensuite» (p. 426).

* Tanguy (Folio, 1977-1995, 332 p.) que Michel del Castillo définit comme «l’implosion d’une conscience d’enfant déchiquetée par la guerre » dans l’un de ses autres livres Le sortilège espagnol (p. 22). Je ne veux pas alourdir ce message mais il s’agit du récit autobiographique, avec de nombreux «trous», restitué à hauteur d’un enfant. À faire lire dans tous les lycées !

* Rue des Archives (Folio, 1994, 283 p.) clôt la «vérité» assez effroyable sur ce que fut sa mère - qui l’a abandonné à l’âge de neuf ans, comme elle a abandonné ses autres enfants. Michel del Castillo a vécu avec elle - qui prononçait des allocutions à la radio républicaine en 1936 à Madrid - jusqu’en 1942 avec l’expérience du camp d’internement de Rieucros destiné aux réfugiés espagnols, et son envoi en Allemagne de 1943 à 1945 (camps de travail ou camp de concentration ?).

Dans ce livre, il crée la figure d’un double - lui-même en tant qu’enfant - avec lequel il dialogue. Fruit des méandres de son esprit à l’égard de sa mémoire.

** Je suis agacé par les comptes rendus de ces ouvrages, trouvés sur internet, dont les «critiques» n’ont visiblement pas vraiment lu ces livres. Effrayant.

Michel Renard
30 mai 2022

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Michel del Castillo Tanguy

 

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Michel del Castillo en 1958 

 

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22 novembre 2022

les mystères du Matin des magiciens (1960)

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les mystères du Matin des magiciens (1960)

 

Lu la semaine dernière Le matin des magiciens, de Louis Pauwels et Jacques Bergier (1960, éd. Folio, 2020, 619 p.).

Ce titre me poursuivait depuis mes années de lycée au début 1970. À cette époque, sa notoriété avait en effet touché jusqu’à une partie de la jeunesse scolarisée.

Il faisait rêver : à côté de la science, ou parallèlement à elle, une infinité d’autres hypothèses, connaissances et explications pouvait s’envisager et déployer un autre monde à des esprits «ouverts», grâce à ces magiciens qui les suggéraient. Moi, je m’en méfiais et ne l’ai pas considéré comme une exigence intellectuelle cardinale. Le marxisme était encore notre horizon...

Aujourd’hui, après avoir terminé cet ouvrage, crayon à la main, et après avoir vérifié pas mal de références qu’il contient - souvent sans précision - je doute que beaucoup l’ait vraiment lu. Ses développements sont protéiformes et parfois obscurs.

Mais sa tonalité et ses ambiguïtés peuvent séduire :

- le rôle des alchimistes ;

- les civilisations anciennes ou disparues : «Pourquoi les civilisations passées n’auraient-elles pas connu des éclairs brusques pendant lesquels la quasi-totalité de la connaissance leur aurait été dévoilée ?» (p. 239) ;

- Hitler expliqué en dernière instance par son adhésion à l’ésotérisme (à partir des théories de Hörbiger sur «le monde glacé») et l’Allemagne vivant pendant quelques années dans «l’ailleurs absolu» ;

- la venue de l’homme-dieu sur Terre ;

- «l’état d’éveil» par-delà la dualité du sommeil et de l’état de veille ;

- Bergier ayant croisé le maître alchimiste Fulcanelli en 1937 avant que ce dernier ne disparaisse aux yeux de tous (p. 154-158), etc., etc...

la connaissance scientifique selon Pauwels

Pauwels - c’est lui qui rédige, même si les recherches sont effectuées en commun avec Bergier - est habile. Il repousse ce qu’il appelle le scientisme - celui du XIXe siècle - et fait par ailleurs l’éloge des nouveautés scientifiques.

Ainsi, il peut écrire : «La connaissance scientifique n’est pas objective. Elle est comme la civilisation, une conjuration. On rejette quantité de faits parce qu’ils dérangeraient les raisonnements établis» (p. 188).

Et, plus loin : «La science réellement moderne prospecte un univers qui se révèle de plus en plus riche en surprises, de moins en moins ajusté aux structures de l’esprit et à la nature de la connaissance officiellement admises» (p. 493).

Je ne cherche pas à rédiger un compte rendu complet - trop d’hypothèses et d’idées -, mais à relever que Pauwels, avec précaution, manifeste sans cesse cet optimisme qu’il affirme dès le début de son livre après avoir évoqué les équations de la physique théorique :

«Le nouveau monde de la physique dément formellement les philosophies du désespoir et de l’absurde. (...) Une connaissance réelle, objective du fait technique et scientifique, nous apprend qu’il y a une direction nette de l’histoire humaine, un accroissement de la puissance de l’homme, une montée de l’esprit général, une énorme forge des masses qui les transforme en conscience agissante...» (p. 52-53).

Écrirait-il encore cela aujourd’hui ? Pas sûr.

Michel Renard
22 novembre 2022

 

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Matin magiciens com 2

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Pauwels et Bergier en 1961
Jacques Bergier (à gauche) et Louis Pauwels en 1961

 

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6 octobre 2021

Les fiancés (I promessi spossi) d’Alessandro Manzoni (1821-1843)

Les Fiancés, couv

 

Les fiancés (I promessi spossi)

d’Alessandro Manzoni (1821-1843)

 

J’ai terminé, ces derniers jours, Les fiancés (I promessi spossi) d’Alessandro Manzoni (en Folio, 860 pages).

Livre écrit et réécrit entre 1821 et 1843. Le premier roman romantique de l’histoire italienne. Manzoni, grand partisan du "Risorgimento" et de l'unité italienne.

Et j’ai lu, dans la foulée, du même auteur Histoire de la colonne infâme (éd. S/Z, 150 p.), développement destiné au départ à figurer dans Les fiancés mais qui fut édité à part.

«Les fiancés» met en scène les amours contrariées de Renzo, ouvrier de la soie, et de Lucia dans la région de Milan au début du XVIIe siècle, en fait au cours des deux années 1629 et 1631.

Contrariées par qui ?

Par toute une configuration sociale et politique dominée par la noblesse seigneuriale, par des juges gagnés à cette dernière, par les faiblesses d’un clergé apeuré.

Mais les retournements se multiplient dans ce récit. Et surtout, les mentions de la famine puis de la peste à Milan en 1630 inscrivent cette épopée dans l’histoire réelle. Manzoni a su intégrer le réel social à ses intrigues romanesques.

Par contre Histoire de la colonne infâme est un compte rendu - sans concession à un romantisme impuissant - de la répression exercée contre des innocents accusés d’avoir propagé la peste de 1630 à Milan. Cette répression est analysée sous l’angle de la responsabilité individuelle des juges et pas seulement par un contexte (pratique légitimée de la torture, obscurantisme populaire…).

Je comprends encore mieux les procès staliniens (Moscou, 1936, 1937 et 1938 et après-guerre) en ayant lu «Histoire de la colonne infâme» d’Alessandro Manzoni.

Michel Renard
6 octobre 2021

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18 mai 2023

le Moyen Âge avec Le Goff et Bernanos

Le Goff et Bernanos

 

le Moyen Âge

avec Le Goff et Bernanos

 

Lu ces derniers temps deux ouvrages assez dissemblables, l’un d’un grand historien, l’autre d’un grand écrivain. Ils m’ont fait me souvenir de mes anciennes amours pour la période médiévale et ont rafraîchi mes connaissances :

- Un long Moyen Âge, de Jacques LE GOFF, 2004, éd. Texto/Tallandier, 2022, 286 p.

- Jeanne, relapse et sainte, de BERNANOS, présenté par Jean Bastaire, Desclée de Brouwer, 1994 (format poche), 77 p.

un long Moyen Âge

LE GOFF a réuni plusieurs articles parus dans la revue L’Histoire entre 1980 et 2004. Ils sont tous pourvoyeurs de réflexion passionnante, par-delà leurs vingt ans d’ancienneté.

On connaît l’idée de Le Goff d’un «long» Moyen Âge qui aurait duré, au moins dans certaines structures rurales et sociales, jusqu’au XIXe siècle, voire jusqu’à la mécanisation systématique de l’agriculture au XXe siècle ; cf. «Le Moyen Âge s’achève en 1800», (p. 65-80). Mais d’autres idées sont percutantes de synthèse et de justesse.

- ce que l’Antiquité latine appelait des «mirabilia», phénomènes étranges et miraculeux, le Moyen Âge a créé pour eux, «entre le miraculeux et le magique, la catégorie du merveilleux» (p. 23).

- les valeurs caractéristiques du Moyen Âge : «la fidélité, la hiérarchie, l’honneur» (p. 38).

- l’idée d’un «beau Moyen Âge» entre le milieu du XIIe et la fin du règne de Saint Louis, vers 1260 : essor démographique, siècle des universités, des grands intellectuels (Albert le Grand, Thomas d’Aquin, Raymond Lulle), des grandes cathédrales gothiques, l’indéniable essor urbain et ses ordres religieux que sont les «mendiants» qui introduisent «par l’intermédiaire de la prédication une parole ouverte, parole de dialogue et d’appel, et non paroles d’injonction et de domination» (p. 57).

- «Les mendiants ne sont pas des moines, mais des "frères" qui vivent parmi les hommes et non dans la solitude» (p. 161).

- «la croisade est une guerre sacrée plutôt qu’une guerre sainte. C’est une guerre menée par Dieu plutôt que par les hommes, qui ne sont que les instruments, les soldats de Dieu. Gesta Dei per Francos...» (p. 89).

- sous Saint Louis : «la religion a évolué de telle sorte qu’apparaît désormais au premier plan la représentation du Christ souffrant : le XIIIe siècle est celui de la Passion» (p. 95).

- à propos de la guerre : «La distance est immense entre l’enseignement chrétien et la réalité historique» (p. 101).

- «c’est une des grandes innovations du christianisme, ce respect pour la femme» (p. 113).

la grande innovation, c'est Marie

- Avec le Nouveau Testament, «la grande innovation, c’est Marie. Mais pas seulement. Marie est le point culminant d’un tout : voyez le nombre et l’importance des figures féminines qui gravitent autour de Jésus. Ni Abraham ni Moïse ne s’étaient trouvés sous influence féminine, comme Jésus l’est, véritablement» (p. 117).

- «Dans ce qui finit aujourd’hui en Europe, certaines idées et certaines pratiques essentielles étaient historiquement liées à la chrétienté» (p. 149).

- «Le mot à la mode c’est "universitas" qui désigne l’ensemble des citoyens de la ville, des hommes d’un métier, et notamment du nouveau métier intellectuel qui apparaît dans les écoles urbaines» (p. 163).

- «Le sacré est ce qui exprime et souvent crée un lien avec les pouvoirs surnaturels. S’agissant d’une société chrétienne, tout ce qui relève du sacré exprime un rapport direct avec Dieu (...) il s’agit surtout de l’incorporation dans le corps souverain de forces surnaturelles, à travers le rite de l’onction» (p. 177).

- «Saint Louis est un saint laïc, catégorie peu représentée au Moyen Âge» (p. 183).

- «Si nous ne pouvons pratiquement rien dire sur la vie intérieure de Louis IX, c’est tout simplement que, du fait des structures des mentalités et de la sensibilité de l’époque, la vie intérieure n’existait pas en soi» (p. 222).

Proposition étonnante...

- «pour les gens du XIIIe siècle, la sainteté royale ne s’inscrit plus essentiellement dans l’Église et la papauté. La sainteté consiste, pour le roi, à exercer religieusement son pouvoir, en se posant comme un exemple imitatif»(p. 230).

Mais on suit beaucoup moins Le Goff quand il évoque positivement sa vision de l’avenir sans s’interroger sur sa viabilité : «le XXIe siècle verra la formation d’une société et d’une culture métissées» (p. 152) ou encore «l’Europe unie qui naît sous nos yeux» (p. 153).

Comme quoi, l’historien doit rester dans son savoir (le passé) et ne pas se risquer à prédire l’avenir...

 

Jeanne, relapse et sainte

BERNANOS a laissé un texte de haute tenue littéraire et spirituelle, non pas sur toute l’aventure de Jeanne d’Arc, mais sur ce qu’il faut dire de son procès, sur un ton sévère pour l’Église et véhément dans la réprobation.

Son angle est de distinguer l’Église des saints et l’Église des clercs, optant évidemment pour la première.

- Il rappelle que «la merveille des merveilles, c’est que ce tribunal ait été un tribunal de gens d’Église. Et non pas un tribunal pour rire !» (p. 32).

Et pas seulement constitué de Bourguignons ou de partisans des Anglais mais bien de Français qui ont connu par la suite une belle carrière auprès de Charles VII.

- «Ce qui frappe de stupeur (...), ce qui suffirait seul à prouver le caractère authentique du jugement de Rouen, c’est le silence universel qui en suivit la promulgation» (p. 36).

- «...le principe de soumission au pouvoir établi, quelle qu’en soit l’origine, n’a jamais été sérieusement discuté par les propriétaires de bénéfices» (p. 37-38).

- «Et, d’ailleurs, ne devrait-on pas admirer plutôt [Bernanos est ironique, bien sûr] qu’un tribunal illustre, cette espèce de saint-synode universitaire, ivre de puissance spirituelle et qui croit que toute légitimité procède de lui, ait convoqué tant de "personnes scientifiques et lettrés" dans le seul but de discuter d’un cas de conscience avec une petite paysanne qui ne savait pas lire ?» (p. 38-39).

- «Si l’on mesure à l’aune de l’expérience humaine une telle aventure, elle apparaît invraisemblable. La chance de la pauvre fille était si petite, l’affaire si obscure et les intérêts en jeu si puissants ! Mais Dieu sait venger ses saints» (p. 71).

- «Car l’heure des saints vient toujours. Notre Église est l’église des saints. Qui s’approche d’elle avec méfiance ne croit voir que des portes closes, des barrières et des guichets, une espèce de gendarmerie spirituelle. Mais notre Église est l’église des saints (...). Car la sainteté est une aventure, elle est même la seule aventure. Qui l’a une fois compris est entré au cœur de la foi catholique, a senti tressaillir dans sa chaire mortelle une autre terreur que celle de la mort, une espérance surhumaine» (p. 71-72).

Ah... que cette Église advienne, si loin fût-elle encore.

Michel Renard
18 mai 2023

 

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Georges Bernanos

 

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2 novembre 2021

Pierre Frécon (1890-1914)

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Pierre Frécon (1890-1914)

cimetière de Saint-Chamond

 

Aujourd'hui, jour de commémoration des défunts (et non hier, 1er novembre, jour de tous les saints), je suis allé fleurir la tombe... non..., même pas la tombe, mais seulement, la plaque tombale (puisque la sépulture a été détruite il y a quelques années par impéritie municipale !!) de Pierre FRÉCON, jeune homme de Saint-Chamond né en 1890 et mort pour la France en 1914, qui reposait aux côtés de sa mère morte en 1952.

commentaires

Pierre Frécon 2021 com

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21 août 2023

l'ultime été avec son fils

21 août 2014 (5)

 

l'ultime été avec son fils

 

Ce fut le 21 août 2014. Dernière fois que je vis mon fils vivant. Il partit le lendemain pour Paris.

Promenade dans le Pilat, lui et sa compagne, son père et sa compagne. Il enchanta cet après-midi, notre après-midi, et je me suis dit : tant que nous pourrons rééditer de tels moments, la vie nous sera gratifiante.

Il rencontra la mort à peine deux mois plus tard en région parisienne.

Si je n'en parle, si je ne le ressasse, qui donc le fera ?

Michel Renard
21 août 2023

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Pierre Renard (1980-2014) et sa compagne l'été 2014

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21 août 2014 (11)

21 août 2014 (4)
le fils et son père

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21 août 2014 (12)

21 août 2014 (10)

21 août 2014 (2)

21 août 2014 (7)

 

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21 mai 2025

accueil et sommaire de ce blog

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Renard Pagina

 

mémorial de textes et d'images

 

mes publications Facebook censurées

 

À l'heure des réseaux sociaux, le sort des publications qu'on y dépose devient préoccupant.

  • Facebook est le théâtre d'un contrôle et d'une CENSURE, souvent sans recours, dès que certains sujets sont abordés comme l'islam et l'islamisme par exemple.
     
  • Les blocages de 24 heures se multiplient sans raison explicite, et les écrits disparaissent sur de longues périodes. Facebook est une pieuvre mondiale installant un totalitarisme soft à l'abri de toute saisine démocratique.

Le citoyen disparaît derrière le membre d'une "communauté" à laquelle il n'a jamais délivré le moindre acquiescement. Il est à la merci d'algorithmes inquisitoriaux et de "modérateurs" inconnus et sans respect de la liberté d'expression telle, du moins, qu'on la définit en France.

Il est très inquiétant que dans le pays des Droits de l'homme et du citoyen puisse se déployer le désormais principal espace d'échanges d'idées qui échappe au contrôle et aux garanties de la démocratie.

  • Pour la pérennité de nos publications sur Facebook, il est nécessaire de les enregistrer ailleurs. Nous perdons certes en audience mais les textes et leurs commentaires sont préservés pour leur circulation en ligne.

Ce blog est créé dans cette intention.

Michel Renard
10 août 2023

* travail en cours

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Catégories

1 - Islam, islamisme, frérisme, djihadisme

 2 - Actualités (politique, immigration, justice, école...)

 3 - Idées, idéologies (décolonialisme, antiracisme, wokisme, cancel culture)

 4 - Identité nationale, combat pour la France

 5 - Histoire

 6 - Espagne

 7 - Italie

 8 - Religions, spiritualités, occultisme, hermétisme

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10 - Explorations

11 - Souvenirs

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13 - Saint-Chamond

14 - Mes blogs

 

Quelques vidéos

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 juin 2023

écoles hors-contrat sous l'œil inquisitorial de Pap N'Diaye

écoles hors-contrat

 

écoles hors-contrat

sous l'œil inquisitorial de Pap N'Diaye

 

Pap N'Diaye envoie des inspecteurs, gardes rouges à la maoïste, dans les écoles privées catholiques hors contrat : inspections surprises et intrusives, interrogatoires des élèves sans la présence de leurs professeurs, avec des questions telles que :

«Parle-t-on souvent de sexualité dans votre famille», «Comment vivez-vous une journée sans téléphone et sans réseaux sociaux», «pourquoi ne lisez-vous pas des mangas»...?

Pression du wokisme comme jamais dans l'institution scolaire !

Dictature idéologique digne d'un régime totalitaire !

Michel Renard
15 juin 2023

quelques commentaires

écoles hors-contrat com

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