Histoire de la Rome antique, Lucien Jerphagnon
«les cités vivent ce que vivent leurs dieux»
Lucien Jerphagnon
25 septembre 2019
commentaires
«les cités vivent ce que vivent leurs dieux»
Lucien Jerphagnon
commentaires
Le Livre de San Michele
le docteur Axel Munthe et la magie de Capri
J’ai terminé ces jours derniers Le Livre de San Michele (1931). Étrange récit que celui du docteur suédois Axel Munthe, qui vécut une grande partie de sa vie à l’étranger, à Paris et en Italie (Rome et île de Capri). Il est né en 1857 et est mort en 1949.
San Michele est le domaine et l’édifice qu’il a rebâti sur les hauteurs de Capri, précisément à Anacapri la partie occidentale de l’île, à partir de la fin du XIXe siècle. Je m’attendais à y croiser Curzio Malaparte qui, lui, fit construire une œuvre architecturale entre 1938 et 1943, à flanc de falaise. Mais non.
Le Livre de San Michele, ne sont pas des mémoires - il y manque certains moments cruciaux de la vie de l’auteur, notamment la Première Guerre mondiale - mais il y rapporte nombre d’épisodes notables de sa vie professionnelle avec un recul ironique très plaisant : sa fréquentation des cours de Charcot, ses nombreuses patientes «hystériques» à Paris et à Rome...
Et puis il y a ce souffle parfois mythologico-spiritualiste quand il narre les personnages et découvertes à l’occasion de l’aménagement de San Michele avec des figures quasi bibliques de vignerons, de bergers, d’ouvriers maçons.
Enfin, l’apothéose de la préfiguration de sa mort et de sa comparution devant le tribunal du Jugement Dernier relève à la fois d’un hommage à Dante et d’une hardiesse stoïcienne dont la combinaison est proprement jubilatoire.
Michel Renard
25 octobre 2021
commentaires

le domaine de San Michele à Capri
«Je ne balance pas : je veux être peuple»,
La Bruyère
Nous discutions de La Bruyère (Les Caractères) avec mon ami et ancien élève, Kamel, hier soir. Extraordinaire échange sur cet humaniste.
Je lui citais ce passage inoubliable, et qui contraste quelque peu avec les tableaux de Poussin sur les paysans…
Kamel m’en a fait découvrir un autre d'une lucidité terrifiante.
On comprend pourquoi la littérature disparaît de l'école...
Michel Renard
26 mars 2021
discours politiques :
toujours les mêmes mots qui disent
les mêmes mensonges
Albert Camus, 1937
Quand Albert CAMUS note dans Carnets en août 1937 ce qui reste d'une brûlante actualité après un certain 10 avril :
«Chaque fois que j'entends un discours politique ou que je lis ceux qui nous dirigent, je suis effrayé depuis des années de n'entendre rien qui rende un son humain. Ce sont toujours les mêmes mots qui disent les mêmes mensonges.
Et que les hommes s'en accommodent, que la colère du peuple n'ait pas encore brisé les fantoches, j'y vois la preuve que les hommes n'accordent aucune importance à leur gouvernement et qu'ils jouent, vraiment oui, qu'ils jouent avec toute une partie leur vie et de leurs intérêts soit-disant vitaux.»
Carnets I, mai 1935 - février 1942, éd. Folio, juillet 2021, p. 55-56.
Michel Renard
13 avril 2022
La mémoire du temps et le Zeppelin,
sur un livre de Frank Leduc
je viens de lire un roman mi-thriller, mi-historique, mi-psychologie des profondeurs : LA MÉMOIRE DU TEMPS, de Frank Leduc (429 pages, 2020, éd. Pocket juin 2022).
Deux personnages féminins sont les chevilles de ce récit :
- LUCIA, célèbre critique gastronomique, mariée à un non moins célèbre auteur de science-fiction, qui a vu apparaître sur son corps d’étranges et douloureuses brûlures qu’aucun diagnostic ni traitement ne parviennent à réduire, jusqu’à ses séances sous hypnose auprès d’un neurologue de réputation internationale ; Lucia revivrait les souffrances de Lisa ; tout cela se passe à Paris.
- LISA, jeune fille de 16 ans, qui vit en Allemagne, dont le père est un petit chef local des SA et qui, en 1937, impose à sa fille un mariage avec un riche américain d’origine «aryenne» obsédé par la perpétuation de la «race».
Le roman passe de chapitre en chapitre de l’une à l’autre femme, et à quelques autres personnages. C’est haletant. Deux ressorts animent ces aventures parallèles :
- l’hypothèse d’une MEMOIRE GÉNÉTIQUE ou ancestrale ; j’aime bien cette idée mais elle n’a jamais été établie scientifiquement : l’ADN transmet des caractères pas des souvenirs ; mais on peut rêver (p. 145, 159, 174).
- le voyage de Lisa - revécu par Lucia dans ses séances - à bord du ZEPPELIN «Hindenburg» vers l’Amérique en mai 1937 ; l’auteur puise largement dans le matériau historique connu sur cet épisode dont la fin tragique (embrasement de l’aéronef en quelques secondes) au-dessus de Lakehurst, New Jersey, à côté de New-York, fut mondialement répercuté.
Alors, LISA survit-elle ? ou meurt-elle dans ce drame ? et quelles en sont les conséquences...
Bon, certains enchaînements sont un peu rapides (à propos du Noir américain, Paul, marin dans le Zeppelin, notamment) mais je me suis laissé aller au suspens et aux descriptions psychologiques. Je n’ai jamais lâché le livre...
Michel Renard
27 juillet 2022
êtes-vous renard ou hérisson ?
Êtes-vous renard ou hérisson ?
(Pardon pour cette recension un peu longue).
Du poète grec Archiloque (VIIe s. av. JC.), à peu près contemporain d’Homère et d’Hésiode, on ne connaît que des fragments, dont cet aphorisme :
- «Le renard sait beaucoup de choses, le hérisson n’en sait qu’une seule mais elle est grande».
Je viens de lire LE HÉRISSON ET LE RENARD. Essai sur la vision de l’Histoire de Tolstoï (1953, rééd. Les Belles Lettres, 2020, 165 p.), d’Isaiah BERLIN, philosophe et penseur politique, né en 1909 à Riga, alors en Lettonie russe ; il voit de près la Révolution d’Octobre à Saint-Pétersbourg où sa famille s’était réfugiée pour échapper aux menaces contre la communauté juive ; puis revient à Riga et fuit vers l’Angleterre en 1920 où se déroule sa carrière universitaire.
Ce livre est précédé d’une longue préface, intelligente, informée et élogieuse, de Mario Vargas Llosa, qui expose notamment la théorie des vérités contradictoires ou des fins inconciliables d’Isaiah Berlin (p. 20-26). Pour ce dernier, et au figuré, c’est-à-dire rapporté aux humains :
- le hérisson s'en remet pour tout à une seule vision centrale, à un principe organisateur unique, à une défense simple ;
- le renard, lui, poursuit plusieurs fins, souvent éparpillées, réfléchit de manière centrifuge, à partir de nombreux niveaux d’expériences et de multiples tactiques de défense (p. 50).
«Tolstoï était de nature un renard, mais son idéal était d’être un hérisson»
Isaiah Berlin applique sa distinction binaire au grand écrivain russe Tolstoï (Guerre et paix, 1865-1869) : «Je voudrais avancer l’hypothèse que Tolstoï était de nature un renard, mais que son idéal était d’être un hérisson» (p. 53).
Tolstoï est un grand réaliste, attaché à tout ce qui est empirique, concret, vérifiable. Et l’Histoire, la somme de ces données, pourrait fournir «la clef du mystère de ce qui eut lieu ainsi» et «apporter de la clarté aux problèmes éthiques fondamentaux qui l’obsédaient, lui et tout penseur russe du XIXe s.» (p. 63-65).
Les historiens privilégient les événements publics et politiques, mais pour Tolstoï les faits spirituels, intimes, intérieurs sont les plus réels et constituent la vie (p. 70). Il en ressort une multiplicité de causes et d’effets minuscules, non repérables. Et voilà «la grande illusion que Tolstoï se donne pour tâche d’anéantir : l’illusion que les individus peuvent, par le recours à leurs propres ressources, comprendre et contrôler le cours des événements» (p. 75).
Rendre compte de l’Histoire est donc une tâche impossible.
Le hérisson, tous les hérissons «scientifiques» ou «sociologues», sont insignifiants et impuissants devant ce «fleuve cosmique». Tolstoï rejetait avec dédain toutes leurs doctrines (p. 99). Et pourtant, il recherchait «une vision vaste et unique» (p. 104) et pensait la trouver dans l’âme du paysan ou dans la simple morale chrétienne «séparée de toute théologie ou métaphysique complexe» (p. 104).
Tolstoï est enfermé entre les murs de son jugement instinctif et l’idée que des lois gouvernent tout mais que nous ne pouvons en connaître qu’une fraction négligeable (p. 105).
Différentes versions ont été fournies de la parabole du renard et du hérisson, dont celle d’Érasme ou de Jean de La Fontaine, ce dernier dans la fable «Le chat et le renard» - le chat prenant le rôle du hérisson et se montrant plus prompt à se sauver, avec le seul tour qu’il possède «dans son bissac», que le renard et ses multiples ruses face à la meute des chiens.
«Avec précaution»
De nos jours, du biologiste et paléontologue Stephen Jay GOULD (1941-2002) on a publié en 2003 son dernier écrit : LE RENARD ET LE HÉRISSON. Pour réconcilier la science et les humanités, que j’ai lu il y a trois ans (Points-Seuil, 346 p.).
Dans sa préface il reprend l’aphorisme d’Archiloque dont il expose les deux significations métaphoriques : d’ordre psychologique, brouiller les pistes (renard) ou se montrer têtu (hérisson) ; et d’ordre intellectuel, multiplier brillamment les approches (renard) ou n’en creuser qu’une avec humilité (hérisson) (p. 20).
Pour Stephen Jay Gould, aucune des deux stratégies ne saurait suffire, il faut leur union.
Mais pour mener à bien cette «savante hybridation», il faut se souvenir d’une vieille blague «sur un animal qui n’est pas un cousin du hérisson mais qui lui est fonctionnellement équivalent dans cette discussion : comment deux porcs-épics font-ils pour s’accoupler ?
La réponse est : "Avec précaution"» (p. 25).
Michel Renard
22 octobre 2022
occultisme ou philosophie occulte ?
Terminé ces jours derniers l’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE OCCULTE de Sarane Alexandrian (1983, éd. poche Payot, 2008, 509 pages + les notes et l'index).
Par curiosité et recherche de savoir.
L’auteur (1927-2009) est un personnage étonnant, il est né à Bagdad, son père était stomatologue du roi Fayçal ; à 20 ans, il devient le «bras droit» d’André Breton, puis théoricien du surréalisme ; sa curiosité est sans limites et ses publications très nombreuses.
Je ne le connaissais pas.
Cet ouvrage se révèle très dense en informations sur les courants de l’occultisme, sur ses protagonistes et très riche sur la portée de toutes leurs œuvres. Ce qui rend la lecture parfois un peu lente... histoire de comparer et de vérifier, histoire de mémoriser.
Sarane Alexandrian a opté pour le terme de «philosophie occulte» et repoussé :
- celui d’«occultisme», inventé par le prêtre Alphonse-Louis Constant dit par la suite Éliphas Lévi (1810-1875), car il renvoyait à une similitude avec celui de romantisme ou de socialisme ;
- et celui de «sciences occultes» car les sciences ont dû, pour progresser, se détacher de la pensée magique.
Il rappelle que Pythagore, inventeur du mot «philosophia» avait divisé cet art de penser en exotérique pour les profanes, et ésotérique pour les initiés.
Il oppose la pensée «pragmatique» et la pensée «magique» qui serait un fonds naturel de la psyché humaine ayant une fonction réparatrice du Moi devant les puissances supérieures inaccessibles du monde pratique.
L’ouvrage d’Alexandrian est, à mon sens, peut-être le seul présentant une réelle connaissance de la philosophie occulte et une distance suffisante pour ne pas tenter de faire du prosélytisme.
Il affirme que cette philosophie ne commence qu’avec les débuts du christianisme qui détache le magique du sacré alors qu’auparavant les religions assumaient les deux.
Alexandrian parcourt la philosophie occulte par grandes structures de ses pensées :
- la gnose et son idée d’un Dieu étranger, lointain et différent du dieu démiurgique ;
- la kabbale cherchant le message secret détenu par Adam avant les révélations ; le nom de Pic de la Mirandole (1463-1494) revient souvent ;
- l’arithmosophie, ou symbolique des nombres et leurs fonctions métaphysiques ;
- l’alchimie dont le Grand Œuvre est moins la fabrication de l’or que la transmutation même de son âme ;
- les arts divinatoires (il en recense au moins neuf...) ;
- la médecine hermétique, avec le grand Paracelse (1493-1541) ;
- les communications avec l’invisible, qui repoussent le spiritisme comme une farce, mais s’expriment sous d’autres modalités ;
- et finalement la magie sexuelle, ou hiérogamie qui serait l’aboutissement le plus secret de la philosophie occulte.
On est parfois surpris de la porosité de cette philosophie avec les rois et aristocrates d’Ancien régime, avec des esprits savants (Newton) ou des écrivains renommés.
Il y a tellement de noms et d’explications de doctrines dans cet ouvrage qu’il s’agit presque d’une encyclopédie.
On devra y revenir chaque fois qu’on sera confronté à ces idées.
Tout est dans ce livre.
Michel Renard
13 décembre 2022

Théogonie selon la Gnose de Valentin (IIe s. ap. Jésus-Christ) - réalisation Michel Renard
déclaration d'amour à la France
par Andreï Makine
En pleine recherche et travail d’écriture pour une communication à une journée d’études de l’Académie des Sciences d’outre-mer (donc rien à voir avec ce qui suit), j’ai pris quelques instants pour lire le court mais puissant ouvrage d’Andreï MAKINE : Cette France qu’on oublie d’aimer (2006, éd. poche 2010, 93 p.), écrit avant les "émeutes de banlieue", avant la mort atroce d’Ilan Halimi.
Que ne l’ai-je lu avant de rédiger, avec mon ami Daniel Lefeuvre, Faut-il avoir honte de l’identité nationale ? (2008)... j’en aurais été jaloux.
Andreï Makine, né en Sibérie en 1956, arrivé en France en 1987, livre sa vision de la francité. C’est magnifique de sensibilité intériorisée.
Oui, magnifique de constater la manière dont un étranger (il ne l’est plus maintenant) a pu saisir tant de nuances de l’identité française. Il commence avec émotion par quelques noms de "morts pour la France" gravés sur le mur d'une église, et il termine avec la même évocation... et on prend un coup de poing dans l’estomac.
Plein d’intelligence historique, d’ironie politique, de culture littéraire. J’adore sa citation de Corneille : "Si vous n’êtes Romain, soyez digne de l’être". Je me disais, il faudrait l’actualiser... et je m’aperçois qu’il le fait lui-même : "Si vous n’êtes pas Français, soyez dignes de l’être" (p. 88).
Lucidité totale sur la dérive nihiliste de notre époque : «Des dizaines d’années de mensonges sur la France paradis multiculturel, multiracial, multiconfessionnel, multi quoi encore ? Multi tout» (p. 83).
Des raisons d’espérer ? Moi, ça m’en a donné. Tant qu’on n’oublie pas la France d’Andreï Makine.
Michel Renard
20 janvier 2023
investigation passionnante sur le coup d'État
du 23 février 1981 aux Cortès,
un livre de Javier Cercas
J’avais lu il y a plus de dix ans Les Soldats de Salamine (2002) de Javier Cercas (né en 1962), qui montrait les imbroglios possibles des rapports entre franquistes et républicains durant la guerre civile en Espagne (1936-1939).
Ces derniers jours, j’ai lu, du même Javier Cercas, Anatomie d’un instant (grand format, 405 pages, éd. Actes Sud, 2010).
Il s’agit d’un récit non fictionnel, l’auteur dit même que ce n’est pas un roman (p. 399), couvrant sous tous ses angles et tous ses participants (d’où certaines formules répétées plusieurs fois...) la tentative de coup d’État du 23 février 1981 par la prise en otage des députés et des membres du gouvernement aux Cortès.
L’épisode est resté célèbre par les images qui ont fixé le putschiste, le lieutenant-colonel Tejero, brandissant son pistolet, les soldats qui mitraillent en l’air, les députés qui filent sous leur siège.
Et, les trois hommes qui restent assis : le président du gouvernement Adolfo Suárez (qui vient de démissionner), son ami le général Guttiérez Mellado, et le communiste Santiago Carrillo.
Javier Cercas mène, après d’autres, sa propre enquête et l’énoncé de probabilités... plus que probables quand certains faits n’ont pas de témoins.
Investigation passionnante.
Avec, finalement un éloge d’Adolfo Suárez... comme principal acteur de la Transition vers la démocratie et la liquidation de l’essentiel du franquisme... et dont on comprend tout à la fin du livre le motif personnel qui attache Javier Cercas à Adolfo Suárez.
Michel Renard
1er mai 2022
commentaires
En 2011, une discussion au cinéma de Rive-de-Gier avec Jean-Luc Degraix et Michel Renard
http://profshistoirelcl.canalblog.com/archives/2011/10/22/22432391.html

Alonso Armada, l'un des conspirateurs de février 1981
Le Monarque des ombres
ou le lieutenant Manuel Mena mort à 19 ans,
grand-oncle de Javier Cercas
J’ai terminé hier Le Monarque des ombres, de Javier Cercas (éd. poche Actes Sud, 2018, 314 p.).
Double histoire du grand-oncle de Javier Cercas, le lieutenant Manuel Mena, jeune officier dans l’armée franquiste, et celle de Javier Cercas lui-même qui se débat avec cet héritage et enquête sur la figure à la fois héroïsée et occultée de son ancêtre.
Idéaliste engagé dans la Phalange, Manuel Mena est mort à l’âge de dix-neuf ans en septembre 1938 lors de la bataille de l’Èbre. Sa dépouille fut rapportée dans son petit village d’Estrémadure portant le nom d’Ibahernando.
On apprend à la fin du livre la raison de son titre.
Il s’agit d’une formule d’Ulysse dans l’Odyssée lorsqu’il s’adresse à Achille désormais dans le royaume des morts et qu’il le qualifie de «monarque des ombres» (p. 291), ce que Achille refuse disant préférer le monde des vivants même s’il était serf d’un serf.
La «belle mort, kalos thanatos», qu’aurait également refusée Manuel Mena selon l’un des témoins âgés interrogés par Javier Cercas.
À part quelques rares documents écrits, l’auteur visite les lieux de guerre fréquentés par Manuel Mena et sollicite la moindre personne pouvant parler de lui.
À force de ténacité et de hasards, il finit même par retrouver la maison et la chambre dans laquelle Manuel Mena est mort agonisant, le médecin n’ayant pas eu le temps de venir l’opérer.
Comme dans d’autres livres, que Javier Cercas met des années à se décider d’écrire, sont évoquées les complexités des engagements dans un camp ou dans un autre.
Plongée dans l’univers tourmenté de la guerre civile espagnole. Toujours par le recours au roman non fictionnel.
Michel Renard
9 mai 2022
la guerre d'Espagne, selon Paul Preston :
une guerre d'extermination
Je viens de terminer la lecture éprouvante - que j’ai d’ailleurs dû fractionner - des presque huit cent pages (798 ; plus 124 p. de notes et références ; éd. Tallandier, 2019) de l’ouvrage de Paul Preston, un historien britannique spécialiste de l’Espagne du XXe siècle : Une guerre d’extermination. Espagne, 1936-1945.
Pourquoi «ÉPROUVANTE» ?
Parce qu’il s’agit des massacres commis derrière les lignes de combat dans les deux camps «nationaliste/fasciste» et «républicain» avec un bilan quantitatif nettement supérieur pour le premier : 130 000 contre 50 000 pour le second (p. 16 et 19).
Et parce que l’assassinat de tous types (hommes femmes, enfants) est perpétré contre des êtres sans défense. Non seulement Franco ne fait jamais de prisonniers à l’issue de ses combats mais surtout il élimine systématiquement tout ce qui peut ressembler à des gens de Gauche (Frente Popular) dans les territoires conquis.
Beaucoup de paysans ou d’ouvriers non impliqués dans la politique de la Seconde République (1931-1936/39) trouvent également la mort. Les «sacas» - arrestations et /ou extractions de prison, et mises à mort - se multiplient durant la nuit et jusqu’à l’aube.
La TERREUR est un objectif DÉLIBÉRÉ de Franco qui tient à éradiquer tout germe d’opposition future à son Espagne «régénérée». Au printemps 1937, Franco déclare à l’ambassadeur italien : «Je ne m’intéresse pas au territoire mais aux habitants. La reconquête du territoire est le moyen ; la rédemption des habitants est la fin» (p. 664).
Tout le territoire espagnol est visé par le travail de synthèse de Paul Preston qui s’appuie sur des centaines et des centaines d’investigations globales ou locales effectuées par des historiens espagnols.
Il est en résulte une suite de dépositions accablantes pour les généraux et officiers de Franco comme pour les soldats des unités de Marocains (Maures ou «regulares»), de Légionnaires et autres troupes. Les fusillades sont souvent précédées et/ou accompagnées de tortures, de viols, de pillage...
Pourquoi «EXTERMINATION» ?
Le titre anglais était Spanish Holocaust. Ce qui, dans un contexte français ne convient pas.
Le terme «extermination» est par contre employé, par exemple, par un chroniqueur jésuite, le père Alberto Risco, à plusieurs reprises : «le sentier de l’extermination», dit-il, à propos des troupes de «regulares» : «Avec le souffle d’un Dieu vengeur sur la lame de leur machette, ils poursuivent, ils détruisent, ils tuent... Puis, enivrée par l’odeur du sang, la colonne reprend sa marche». Le père jésuite jubile : «une deuxième journée d’extermination et de châtiment» (p. 521).
Un autre jésuite, Fernando Huidobro, s’élève, au contraire, et se mobilise contre ces pratiques, contre : «la guerre d’extermination que prônent certains» (p. 524).
Paul Preston étudie en plusieurs chapitres, la répression commise PAR LES RÉPUBLICAINS, le plus souvent contre des prisonniers enfermés entre février et juillet 1936, et soupçonnés de contribuer à l’action de sape de la «cinquième colonne» (expression du général Mola qui en avait menacé les Madrilènes).
Mais l’historien établit une distinction entre la politique d’annihilation de Franco contre ses adversaires, et la violence aveugle des Républicains, souvent le fait des milices anarchistes mais pas seulement, qui est largement maîtrisée à partir de fin 1936» (p. 604).
Tellement de choses à dire... j’ai pris des dizaines de notes... Mais on sort bouleversé et écœuré devant ce degré d’inhumanité.
Tout au long de l’été brûlant, l’odeur pestilentielle des corps
À Huelva, prise par les franquistes, rapporte Paul Preston : «Dans l’intense chaleur estivale [août 1936], les cadavres entassés représentent un grave danger pour la santé publique. On les balance sur des camions qui font d’incessants allers retours entre la ville et le cimetière municipal. Ni les services sanitaires locaux, ni les morgues privées ne peuvent prendre en charge tant de cadavres ; ceux-ci sont donc aspergés d’essence, brûlés et enterrés dans de grandes fosses communes. Tout au long de l’été brûlant, l’odeur pestilentielle des corps rend l’air irrespirable. Les femmes de gauche qui n’ont pas été tuées ou violées après la capture de la ville subissent des humiliations. On leur tond la tête et on leur fait avaler de l’huile de ricin au prétexte que "leurs langues sont souillées"» (p. 498).
Le journaliste portugais Mário Neves et deux Français enrôlent un prêtre qui les «conduit au cimetière pour leur montrer les immenses tas de cadavres que l’on y fait brûler. Certains sont complètement carbonisés, mais on voit émerger ici et là des jambes et bras encore intacts. Devant la mine horrifiée des journalistes, le prêtre explique : "Ils l’ont mérité. Et puis, c’est une mesure d’hygiène indispensable". On ne sait si cette remarque porte sur les exécutions ou sur l’incinération des corps» (p. 498).
Et Franco est mort dans son lit.
Michel Renard
23 mai 2022
Louis XIV, premier «despote éclairé» ?
Le 8 septembre dernier, je terminais l'imposante biographie de LOUIS XIV par François Bluche (1986, éd. Fayard, 926 p., plus les annexes). C'est-à-dire que pendant ma lecture de l'agonie du roi français, il y a plus de trois cents ans, se déroulait l'agonie de la reine d'Angleterre Simultanéité.
Deux souverains comparables, sinon par leurs pouvoirs, du moins par la longue durée de leur règne, Louis XIV l’emportant tout de même : 72 ans dont 54 ans de règne personnel. La différence étant que le Grand Roi a exercé toutes les prérogatives du pouvoir.
François Bluche réhabilite l’histoire positiviste, politique, biographique tout en faisant droit à l’histoire problème. Mais il tient la gageure de traiter en entier le règne du Roi-Soleil, et donc «tous» les événements qu’il affronte ou dont il est la cause, sans verser dans un tableau global de la France sous son règne. Bel équilibre.
Il en sort une épopée - qui a également ses angles critiques - avec de multiples personnages (l’index des noms compte 46 p. !) et la plupart des épisodes les plus glorieux (Versailles, le mécénat littéraire et artistique, les fêtes, l’opulence royale, le souci du peuple...) et les plus éprouvants (quatre guerres dont surtout les deux dernières furent épuisantes : guerre de la Ligue d’Augsbourg et guerre de Succession d’Espagne).
On retrouve les héros de nos livres d’école d’antan : Colbert, Louvois, Turenne, Vauban, Condé, Le Nôtre, Hardouin-Mansart, Corneille, Molière, Racine, Boileau, La Fontaine, Lulli... mais encore les favorites, parmi lesquelles Melle de La Vallière, Mme de Montespan, Angélique de Fontanges, Mme de Maintenon (dont aucune ne joua jamais un rôle politique, précise l’auteur).
Quant à l’accusation d’«absolutisme», entendu comme «arbitraire», François Bluche la réfute facilement. La monarchie louis-quatorzienne fut d’abord une monarchie administrative, pragmatique, réformiste (voir p. 186-187, 193-195).
Il en va de même de l’idée d’une «domestication» de la noblesse : 5% d’entre elle seulement était à Versailles. Par ailleurs, le père jésuite Bouhours (1628-1702), grammairien, homme de lettres et apologiste français, datait du règne de Louis XIV «le sommet de notre civilisation des mœurs» marquée par les normes de «l’honnêteté» (p. 272).
Et François Bluche n’hésite pas à caractériser Louis XIV comme «le premier despote éclairé» (p. 907).
Tant de choses à dire...
la marquise de Montespan
J’ai lu également la biographie de MADAME DE MONTESPAN par Jean-Christian Petitfils (1988, éd. Tempus 2009, 479 p.).
Difficile exercice. On peut retracer le parcours extraordinaire de cette femme, devenue une quasi reine de France entre 1667 et le début des années 1680, par les allusions trouvées dans les correspondances des unes et des autres.
Mais on peine à cerner sa personnalité réelle, sinon à dire qu’elle était solaire, rayonnante, pleine d’esprit, enjouée... sans oublier sa jalousie, ses manœuvres pour évincer ses rivales, les scènes dont elle accablait Louis XIV.
Le livre ne manque pas de suivre la marquise de Montespan dans toutes les vicissitudes qui suivent son triste exil de la cour et l’éloignement de ses enfants (légitimés par le souverain).
Préoccupée par le salut de son âme, par le désir d’effacer ses «péchés» ; restée mariée au marquis de Montespan, elle ne put jamais envisager, au temps de son éclatante splendeur, même un mariage morganatique, secret, avec Le Roi-Soleil. Elle multiplia alors les généreuses œuvres de charité.
Subjectivement, je confesse que c’est la favorite du Grand Roi que je préfère, la plus franche, la plus entière, la plus impulsive... contrairement aux tribulations plus hypocrites, plus affectées, de la Maintenon.
Michel Renard
16 septembre 2022
commentaires
le «chaînon manquant» :
Frank Leduc remonte très loin dans le temps...
J’avais déjà lu, il y a quelques semaines, La mémoire du temps de Frank Leduc. Je viens de tourner la dernière page du premier livre de cet auteur : LE CHAÎNON MANQUANT (2018-2021, éd. Pocket, 714 p.).
Je savais qu’il allait me passionner... comme l’autre.
En paléoanthropologie, ce qu’on appelle traditionnellement le «chaînon manquant», ce sont les vestiges à ce jour non découverts d’hominidés situés entre le ramapithèque, primate supérieur considéré comme de la famille des hominidés (13 à 8 millions d’années), et les premiers australopithèques (6 millions d’années).
Mais Frank Leduc use de ce terme en remontant beaucoup plus loin dans le temps... !
Jusqu’au Crétacé, période géologique qui se termine il y a 66 millions d’années avec la disparition des dinosaures non aviens (oiseaux). L'homme aurait-il pu exister en ces temps lointains ?
Une découverte improbable, à Bussolino (Italie), au cours du chantier d’une voie devant relier Lyon à Turin sous les Alpes : le tunnelier met à jour incidemment une cavité inviolée et très ancienne qui suspend les travaux.
Et débute une histoire palpitante ponctuée de découvertes ahurissantes mais aussi de plusieurs morts violentes. Le personnage principal est la jeune paléontologue française Shana Stenford. À quels mystères va-t-elle être confrontée ?
L’auteur est très bien renseigné sur ce qu’on sait aujourd’hui des origines de l’homme mais également de tout ce qui manque à ce savoir. Il en profite pour laisser libre cours à son imagination en nous autorisant à croire à ses hypothèses comme à des probabilités pas totalement farfelues.
Récit très bien mené. Un «page-turner» comme on dit en anglais. Une intrigue haletante comme on dit en français.
Michel Renard
4 octobre 2022
Pierre Frécon, Saint-Chamonais,
mort pour la France le 27 août 1914
Je suis allé fleurir la plaque funéraire de Pierre Frécon.
Sa tombe a été détruite ainsi que les restes de sa dépouille comme ceux de sa mère, Marie Célard, en 2017/2018.
Le bulldozer a tout rasé car la Mairie ne s’est pas montrée vigilante !
Pierre Frécon, Saint-Chamonais, ancien élève de l’École pratique d’Industrie, jeune soldat au 11e bataillon de Chasseurs, est mort pour la France le 27 août 1914 à Nompatelize dans les Vosges. Il avait 24 ans.
Qu’on se souvienne de lui.
(j’ai effectué ce geste le 1er novembre qui est le jour de la Toussaint alors qu’il faudrait honorer ce disparu le 2 novembre, jour des Défunts ; mais les fleuristes ne sont plus là le 2 novembre).
Michel Renard
1er novembre 2022

la tombe de Pierre Frécon et de sa mère avant sa destruction (!) ;
j'avais pourtant signalé son état à la Mairie longtemps avant !
«Mais que serait l’été ?
J’attendais le retour de Claude,
qui me rendrait la possession de toutes choses»
Lu hier LE JEU D’ÉCHECS d’Édith Thomas (1970 ; rééd. Viviane Hamy, 2018, 198 p.).
Outre de notoriété, par l’histoire politique du communisme français et de tous ses débarqués, je connaissais Édith Thomas (1909-1970) par la lecture, il y a une quinzaine d’années, de ses Pages de journal, 1939-1944 (éd. Viviane Hamy, 1995, 221 p.).
Propos d’une diariste, grande résistante, qui m’avait beaucoup inspiré lorsque nous avons rédigé, avec Daniel Lefeuvre, Faut-il avoir honte de l’identité nationale ? (Larousse, 2005).
Mais avec Le Jeu d’échecs, il s’agit de tout autre chose.
De son trajet amoureux, marqué par les échecs si on réfléchit en termes de pérennité.
L’échec de sa relation avec Stevan, un communiste slave, à qui elle adresse fictivement ces confessions : «Lorsque tu m’as demandé, Stevan, si je t’écrirais, je t’ai dit que je répondrais à tes lettres, mais que je ne t’écrirais plus la première» (lignes par lesquelles débute le roman qui n'a rien à voir avec le jeu aux soixante-quatre cases).
L’échec de son amour, en 1946 et 1947, un temps partagé avec "Claude", Dominique Aury dans la réalité, connue plus tard sous le nom de Pauline Réage et son célèbre Histoire d’O., compagne du nom moins célèbre Jean Paulhan (dissimulé dans le livre sous le personnage du peintre R.).
Édith Thomas livre les tourments sentimentaux et psychologiques qu’elle a traversés dans ces relations, pour tenter d'échapper à sa solitude. Le matériau est autobiographique, à part la figure troublante et tragique d’Esther.
C’est un portrait d’une exigeante lucidité, d’une femme qui se mésestime mais d’une femme libre et indépendante.
Autrement plus attachante que son alter ego (la «sœur de l’ombre» écrit sa biographe Dorothy Kaufmann), Simone de Beauvoir en matière de précoce féminisme. L’une fut agrégée de philosophie (1929) et l’autre diplômée de la prestigieuse École des Chartes (1931).
On est surpris par la densité, et presque l’inclémence, du récit de ses passions, pour un homme ou pour une femme, des incompréhensions et des égoïsmes qu’elles véhiculent.
Des tourments et des liens inévitables auxquels on a pourtant cédé en toute conscience : «Mais que serait l’été ? J’attendais le retour de Claude, qui me rendrait la possession de toutes choses» (p. 79).
Ou encore l’inexorable dépendance amoureuse : «Je n’existais plus que dans la mesure où j’existais pour Claude. C’était Claude qui fondait ma réalité, fondait pour moi la réalité de tout. Paris était comme une ville morte, où tout m’échappait, où j’échappais à tout» (p. 94).
Peut-être que son métier de journaliste l’avait immunisée, mais il n’y a aucune boursouflure dans le style d'Édith Thomas. Rien que l’épure psychologique de ses sentiments une fois qu’ils ont été vécus... mais peut-être pas surmontés.
Michel Renard
23 juin 2023
commentaires

Dominique Aury, "Claude" dans le roman, auteur plus tard de la célèbre Histoire d'O.
la jeunesse du père des Lieux de mémoire :
des mémoires évocateurs mais un peu courts
C’est Luc Trévi qui a attiré mon attention sur le passage en format poche de JEUNESSE, le livre de souvenirs de l’historien Pierre Nora (2021), devenu ensuite éditeur chez Gallimard et professeur à Science-Po et à l’École des hautes études en sciences sociales.
Grand maître d’œuvre des Lieux de mémoire de 1984 à 1992 (sept volumes) et fondateur, avec Marcel Gauchet, de la revue Le Débat (1980-2020).
Je viens donc de lire JEUNESSE (Folio, 2022, 234 p.). Éprouvant toujours une attirance pour les mémoires, les biographies ou les autobiographies, j’avoue sortir de ces confessions de Pierre Nora (né en 1931) un peu insatisfait.
Certes, l’auteur assume le choix de se «tourner vers [s]es souvenirs personnels et familiaux plutôt que [s]es souvenirs d’éditeur et d’historien» (p. 233). Dont acte. Mais ceux-là sont assez inégaux.
portraits
Beaux portraits de son père (Gaston Nora), médecin-chirurgien, qui rencontre Xavier Vallat (sinistre commissaire aux Affaires juives, 1941-1942) à qui il sauve la vie dans la Somme en mars 1918 ; de son frère aîné (Simon Nora), grande figure mendésiste de la haute Administration ; de sa sœur (Jacqueline), très belle, que le destin familial a un peu écrasée, mais qui passe ensuite vingt ans de sa vie avec l’historien François Furet.
Pierre Nora confie également une attachante et étrange restitution de Marthe, la «princesse malgache» qu’il rencontre alors qu’il est âgé de dix-neuf ans et qu’elle en a plus de quarante. Mais rien sur son épouse, entre 1964 et 1976, Françoise Cachin, conservatrice de musée et historienne de l’art renommée.
Plusieurs figures intellectuelles apparaissent, ou réapparaissent, positivement au fil des pages. Deux sont cependant égratignées : Pierre Vidal-Naquet et le philosophe Gérard Granel (1930-2000).
Le premier est qualifié de «paranoïaque» (p. 155) au moment où Nora intègre un groupe, essentiellement composé de communistes, de préparation à l’agrégation d’histoire en 1957. Parce qu’il aurait adressé des lettres anonymes (!) aux membres du groupe prétendant qu’il fallait se méfier de Nora qui déchirait à la Bibliothèque nationale des pages de livres utiles pour le concours... Mais les deux étaient amis avant et le sont restés plus tard.
Quant à Gérard Granel, esprit supérieur dominant tout son entourage, il est certes décrit comme «brillant» mais éreinté comme étant resté tout sa vie professeur à Toulouse «pour finir assez tristement à soixante-dix ans alcoolique et drogué» (p. 141). Cette évocation a suscité de nombreuses réactions hostiles à Pierre Nora sur plusieurs sites internet.
Bon, tout le livre ne tourne pas autour de ces deux courts épisodes.
Ce qui me déçoit dans JEUNESSE, ce sont les multiples allusions à des auteurs, à des livres, dont on ne sait si Pierre Nora les a lus ni ce que ces œuvres lui ont apporté.
Mémoires rédigés peut-être un peu trop rapidement.
époque effervescente
D’autant qu’ils se terminent par ce constat : «Je suis l’un des derniers témoins d’une des époques intellectuelles françaises les plus effervescentes [il a lui-même publié plus de mille ouvrages dans les deux collections qu’il dirigeait chez Gallimard], comme je suis le dernier témoin d’un noyau familial d’un autre âge, mais intéressant et fécond. Cela me fait un devoir de consigner ce que j’ai vécu» (p. 233).
Objectif encore à atteindre.
Michel Renard
25 décembre 2022
les armes intellectuelles du sursaut existent !
Je suis en train de m'intéresser à nouveau à la période de la guerre de Cent Ans qui a agenouillé la France... avant son redressement à partir de l'odyssée de Jeanne d'Arc (1429). Il a existé des moments où l'espérance pouvait réellement avoir disparue. Et puis la France s'est relevée.
Question : où se trouve la Jeanne d'Arc dont la nation aurait vitalement besoin aujourd'hui ?
Conviction : le sursaut johannique ou gaullien est possible. Le combat pour la recivilisation de la France est possible.
Je viens d'écouter les trois éditos de Mathieu Bock-Côté, de Guillaume Bigot (assez véhément) et de Charlotte d'Ornellas dans l'émission "Face à l'info" de Christine Kelly... les armes intellectuelles du sursaut existent !
Michel Renard
24 mai 2023
commentaires
Bonne fête Maman
Bonne fête Maman. Il y a maintenant longtemps...
Marcelle Poussard, épouse Renard (1930-2008).
Elle fut institutrice puis professeur de Sciences naturelles.
Photo : avec ses deux garçons, fin années 1950 (Michel à gauche, Denis à droite)
Michel Renard
4 juin 2023
commentaires
Umberto Eco
et l'histoire de la pensée occidentale
sous l'angle du Secret,
de l'au-delà des religions révélées
Terminé Le Pendule de Foucault d’Umberto Eco (1988, nouvelle éd. Livre de Poche, 2021, 867 p.). L’auteur, un jour qu’on lui demandait de définir en quelques mots son roman, a répondu : «L’obsession du complot».
Époustouflante immersion dans l’ensemble des conceptions occultes ou hermétiques, ou de la Tradition, du Savoir, effectuée par le narrateur, Casaubon, du nom d’un érudit protestant de la Renaissance qui a critiqué implacablement ces théories.
Casaubon se remémore tout ce qui lui arrivé et tout ce qu’il a imaginé de 1968 à 1984. C'est-à-dire entre le moment où il rédige sa thèse d’histoire sur le procès des Templiers et l’épisode où il s’enferme volontairement et secrètement (début du roman, sans que l’on sache alors pourquoi) et assiste (fin du roman) à une cérémonie rituelle nocturne de tous les protagonistes à la recherche du Secret, dans l’église attenante au musée des Arts et métiers abrité par l’ancien Prieuré royal de Saint-Martin-des-Champs à Paris.
Le Secret est censé être l’au-delà du message des religions révélées (p. 288-289).
Casaubon a-t-il rêvé cette nuit délirante ou a-t-elle réellement existé, au moins en partie ?
Cet édifice héberge le Pendule de Foucault (première expérience en 1851) dont les oscillations que l’on voit se déplacer au cours de la journée, prouvent le mouvement de la rotation terrestre.
le voyage de Casaubon
Casaubon rencontre Jacopo Belbo (peut-être du nom d’une rivière du Piémont) et son collègue Diotallevi (peut-être du nom Diotallevio que l’on donnait aux enfants abandonnés dans l’Italie médiévale - le grand-père d’Umberto Eco fut lui-même un enfant abandonné qui reçut le nom de Eco, un acronyme de Ex Coelis Oblatus, donné par les cieux), les deux travaillant pour une petite maison d’édition à Milan, du nom de Manuzio (référence à un célèbre imprimeur italien de la Renaissance).
L’histoire de Casaubon est un voyage géographique en même temps que dans le savoir, celui de toute l’histoire de la pensée occidentale, et même parfois orientale.
Sans oublier l’humour et les nombreuses trouvailles hilarantes de l’auteur. Je n’en donne qu’une : I.H.S., qui veut dire Iesus Hominem Salvator, devient Iesus Hardware & Software ! (p. 641).
On dit parfois que les trois personnages mettent au point un Plan de domination du monde. Non.
Ils le restituent à partir de longues et savantes - du moins le croient-ils - investigations dans une archive à trous (rébus ?) datant de 1344 et provenant de Provins, dans les livres anciens et par la rencontre avec de curieuses figures.
Le livre est plein de références. Par exemple ses dix grandes parties portent le nom des dix Sephirot, les émanations de l’énergie divine à l’origine de la création de l’univers selon la Kabbale. Les 120 petits chapitres sont à relier aux 120 années qui devaient séparer la transmission du message des grands maîtres des Templiers et des Rosi-Cruciens, en des endroits différents du monde (p. 535).
Pourquoi ce titre ? Peut-être une métaphore ? On croit voir le Pendule bouger mais sa réalité n’est pas dans l’évidence. Lui est immobile et la Terre tourne sur elle-même. Il faut chercher la vérité, selon les personnages du roman, dans l’occulte, dans ce qui dépasse le visible.
J’arrête là pour ne pas allonger mon message.
Passionnante lecture.
Michel Renard
11 novembre 2022
l’intense «proximité» entre Arabes et Juifs,
selon Lawrence d'Arabie (1917)
Allusion à une discussion avec mon copain Konop (Guy Konopnicki pour les néophytes) au sujet de la série Fauda qui montre, entre autres, l’intense «proximité» entre Arabes et Juifs.
Je retrouve ce passage d’une dépêche secrète de Lawrence d’Arabie, destinée au Bulletin arabe, datée du 12 mars 1917, qui est une extraordinaire description géographique et ethnico-religieuse de la «Syrie» (au sens large).
Extrait : «Prenez une section encore plus au sud, près d’Acre. Il y a d’abord des Arabes sunnites, ensuite des Druses, ensuite des Metaouallas jusqu’à la vallée du Jourdain près de laquelle se trouvent de nombreuses colonies algériennes hautement suspectes, mélangées à des villages de juifs originaires de Palestine. Ces derniers sont d’une souche intéressante. Ils parlent l’arabe et un hébreu correct, ont acquis un niveau et un style de vie adaptés au pays et néanmoins bien meilleurs que la façon de vivre arabe. Ils cultivent la terre et ont plutôt tendance à cacher leurs lumières sous le boisseau, car ils constitueraient un modèle éminent pour les colonies étrangères (à la mode allemande) de juifs agriculteurs, qui introduisent de curieux usages de culture et de récolte (…)».
Conclusion :
1) les Algériens arrivés dans les bagages du dey Hussein (turc) après la capitulation de 1830 sont toujours identifiés comme tels des dizaines d’années plus tard.
2) il y avait bien des Juifs, venant de Palestine (c’est-à-dire hors immigration), installés dans la vallée du Jourdain.
3) apparemment, des rivalités ou des suspicions existaient entre Juifs locaux et Juifs immigrés.
Référence : T. E. Lawrence, Dépêches secrètes d’Arabie, etc., coll. Bouquins, éd. Robert Laffont, 1992, p. 65.
Michel Renard
17 juin 2020
commentaires

Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d'Arabie
l’identité culturelle française,
selon Caroline Valentin
- merci à Noam Marianne [pseudo sur Facebook] :
n«Bien sûr qu’il existe un héritage français et bien sûr que cet héritage est particulier à la France ! Devons-nous vraiment l’expliciter ? L’identité culturelle française, c’est celle des Français, c’est-à-dire des gens qui ont fait ce pays.
Et cette identité culturelle, qu’elle soit différente, mieux ou moins bien que celles d’autres pays, n’est pas la question, elle est et, en France, c’est celle-là qui est, c’est tout.
L’une des extraordinaires caractéristiques de ce pays est sa vocation universaliste. Celle-ci ne date pas du siècle des Lumières, même s’il l’a illustrée de manière éclatante ; on peut probablement la faire remonter au Grand Siècle, voire à la Renaissance.
C’est le cosmopolitisme, l’accueil curieux et enthousiaste des idées nouvelles d’où qu’elles viennent, la diffusion d’idéaux de liberté individuelle et la volonté, portée par les intellectuels mais aussi par le peuple, de faire triompher, en France et partout dans le monde, la raison et la liberté individuelle sur les systèmes féodaux et l’arbitraire.
La France a aussi une puissante tradition religieuse pour être la "fille aînée de l’Église". Certes, le combat des "deux France" fut violent, la séparation de l’Église de l’État s’est faite dans la douleur. Mais si l’apaisement prévaut, l’imprégnation catholique est puissante – même ceux qui ont conservé une distance critique vis-à-vis de l’Église catholique, voire un certain anticléricalisme – admettront bien volontiers que notre démocratie libérale a emprunté un chemin tracé par le christianisme.
Religion de l’émancipation, celui-ci a préparé pendant des générations les esprits à l’idée de liberté plutôt que de leur asservissement. Comme le dit Tocqueville, "le christianisme, qui a rendu tous les hommes égaux, ne répugne pas à voir les citoyens égaux devant la loi".
La même complexité préside à la relation des Français avec leur long passé monarchique. La France, comme le dit Marc Bloch, c’est tout autant le sacre de Reims que la fête de la Fédération. C’est tout autant Richelieu et Louis XIV que Voltaire, voire Auguste Blanqui. Les Français se pensent avant tout comme des citoyens libres mais sont immensément fiers des traces majestueuses du passé monarchique (ou impérial) de ce pays.
Vous le voyez, l’identité culturelle française ne se résume pas en deux phrases. Encore ce qui précède n’est-il que ma vision (mais je pense qu’elle est très largement partagée) et serait sans doute nuancé et complété à de nombreux égards par toute personne qui lirait ces lignes.»
Caroline Valentin est avocate, essayiste et éditorialiste
publié par Michel Renard sur Facebook
27 novembre 2018

Caroline Valentin, avocate, essayiste
Charlotte Delbo
«Aucun de nous ne reviendra»
Je n’avais jamais lu Charlotte Delbo. J’ai commencé par le premier, écrit en 1946 et publié en 1965 : Aucun de nous ne reviendra.
Elle a été déportée à Auschwitz en janvier 1943 puis à Ravensbrück. Ce fut le seul convoi de femmes «politiques» (résistantes) à avoir été dirigé sur Auschwitz.
Aucun de nous ne reviendra n’est pas un témoignage : pas de nom, pas de repères… c’est la souffrance et la menace de mort permanente.
Un cri universel contre l’inhumanité.
Puis j’ai lu Une connaissance inutile qui fournit plus de précisions sur leur «séjour» à Auschwitz, et Mesure de nos jours qui interroge, vingt-cinq ans après, celles qui sont revenues.
J’ai parcouru Le convoi du 24 janvier dans lequel Charlotte Delbo a retracé les biographies des 230 femmes du convoi dont elle a fait partie.
Ces lectures (comme Primo Levi, Gustaw Herling ou Chalamov) sont toujours éprouvantes car elles nous disent un passé d’abomination absolue… et qui continue : Charlotte Delbo est atterrée quand elle apprend que l’URSS est couverte de camps ; leurs détenus n’ont pas l’espoir de ceux de 1943-1944 qui pouvaient attendre leur libération de la défaite hitlérienne.
deux biographies
J’ai lu aussi les deux biographies : Charlotte Delbo de Violaine Gelly et de Paul Gradvohl (mon ancien condisciple quand on préparait l’agrégation d’histoire en Sorbonne…). Elle va à l’essentiel, assez sobre mais méticuleuse.
L’autre biographie, Charlotte Delbo. La vie retrouvée, de Ghislaine Dunant, a obtenu le prix Fémina essai en 2016.
On apprend certes plus que dans la bio de Gelly/Gradvohl mais que de répétitions, que de verbosité… Franchement, des 595 pages (je me suis forcé à aller au bout), elle aurait pu en faire 350.
En plus, il y a des erreurs historiques.
Elle prétend que Delbo a écrit, en 1982, le premier article sur la répression de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961 (p. 568-572 et 586).
C’est n’importe quoi…!
Le journal Libération en avait parlé le 18 octobre 1979, à l’occasion de la sortie du livre Les porteurs de valises puis plus largement en 1980. Le 23 octobre 1980, Jean-François Kahn en parle dans Les Nouvelles littéraires.
En 1981, le mensuel Franc-Tireur y consacre un article avec les photos d’Élie Kagan ; j’étais dans l’équipe de Franc-Tireur, je me souviens être allé chez Kagan avec Guy Konopnicki et Gérard Molina, c’était place de la République.
Michel Renard
6 novembre 2019
commentaires
sur Federico Garcia Lorca
et de Federico Garcia Lorca
Lu de nombreux ouvrages sur l’Espagne ces dernières semaines. Commençons par les trois derniers :
- «FEDERICO GARCÍA LORCA» par Albert Bensoussan (437 p., Folio, 2010).
Une biographie en quarante-deux chapitres. À la fois restitution de l’itinéraire de Lorca (1898-1936), assassiné par les "nationalistes" à Grenade, le 18 août dans le ravin de Viznar, ce qui signifie, d’après l’arabe ‘Aïn Adamar, "la source des larmes" ; et analyse de ses œuvres.
Lorca, formant trio avec Dalí et Buñuel (ce dernier lui reprochant cependant son homosexualité), était "poeta" au sens classique du terme en espagnol, c’est-à-dire à la fois poète, auteur dramatique et directeur de troupe (p. 331).
Il était également excellent pianiste et ne dut qu’à la mort de son maître, Antonio Segura, de renoncer à une carrière de virtuose.
L’auteur, contrairement à d’autres qui font de Lorca un homme engagé politiquement à gauche (il est vrai qu’il a dit "je serai toujours du côté des pauvres"), affirme que Lorca ne s’intéressait pas du tout à la politique.
À propos de Dalí, qui fut apparemment son amant quelque temps, A. Bensoussan écrit : "l’union de Federico et de Salvador [peut] apparaître comme l’osmose de deux cultures, l’andalouse, avec son feu sorcier et sa pensée magique, et la catalane, avec sa matérialité moderniste et ses postures ironiques" (p. 221).
Cette biographie est très riche en analyse de l’univers lorquien et de ses multiples influences : définition du "cante jondo" (p. 131-132) ; le "romance" espagnol, à ne pas confondre avec la "romance" française ni avec la forme contemporaine du "roman" (p. 139).
C’est lors d’une conférence à La Havane au printemps 1931, que Lorca définit le "duende" qui caractérise l’élan de sa poésie et que A. Bensoussan résume ainsi : "le mot duende désigne, selon une tradition populaire, l’esprit magique, démon ou lutin, qui habite ou hante une maison. Duende relève bien de la pensée magique. C’est pourquoi, tout spécialement en Andalousie, et encore plus particulièrement chez Lorca, le duende représente cette force mystérieuse qui s’empare de l’individu en certaines circonstances pour le faire sortir de lui-même, et l’amener à entrer dans le monde de la magie, de la folie" (p. 274).
Le "duende" peut expliquer le sort des "héros" principaux des deux pièces de théâtre suivantes.
- BODAS DE SANGRE, Noces de sang, en 1933 (279 p., Folio bilingue, 2020). Formidable tableau nourri de métaphores végétales, florales et du firmament stellaire et lunaire, et de dénonciations d’un univers archaïque.
Histoire d’un mariage qu’on voulait "arrangé" mais le jour des noces, la Fiancée s’enfuit à cheval derrière l’homme (Leonardo) qu’elle n’a jamais cessé d’aimer depuis des années (et qui était marié avec un enfant).
Parole d’un personnage de la pièce : hay que seguir la inclinación : han hecho bien de huir ; il faut suivre son désir... Ils ont bien fait de s’enfuir (p. 200-201).
Pourquoi "de sangre" ? Parce que le drame se clôt sur la mort du premier amour (Leonardo) et du Fiancé, ainsi que le narre la mère du dernier : "le jour venu, entre deux et trois heures / deux hommes se sont tués d’amour / avec un couteau / un tout petit couteau" (cuchillo, p. 263).
- «YERMA» en 1934 (218 p., Folio théâtre, 2019). Tableau qui fait penser à Antigone de Sophocle.
Yerma, à qui la maternité est refusée par son mari (c’est donc une bréhaigne), et dont l’histoire s’étend sur cinq années, est une féroce dénonciation du patriarcat en vigueur et de la force de l’honneur dont Yerma ne veut pas s’exclure même si son désir d’enfant n’est pas satisfait.
Toute la pièce tourne autour de l’opposition aridité/fécondité, flétrissure de la femme conséquence de son infertilité imposée.
Yerma finit par étrangler son mari qui lui refuse un fils, au terme d’une évolution qui lui fait perdre sa féminité et accéder au rang d’une virilité qui se révèle meurtrière.
Yerma est "fanée" : "Mon corps est sec à tout jamais. Que voulez-vous savoir ? Ne vous approchez pas, j’ai tué mon fils. De mes mains, j’ai tué mon fils" (p. 152).
On a avancé que Yerma était un portrait de Lorca lui-même dans le sens où son homosexualité fut rarement admise et, en tout cas, honnie par les nationalistes tueurs de 1936.
Comme le dit son biographe A. Bensoussan : "Tout en Federico est double, oui, tout est duplicité et affaire de masque" (op. cit., p. 336).
- Ah, oui, j’ai oublié... J’ai lu aussi le "Romancero gitano", avec sa magnifique et célèbre "Femme adultère" : "Je la pris près de la rivière / Car je la croyais sans mari / Tandis qu’elle était adultère" ("Y que yo me la llevé al rio / creyendo que era mozuela / pero tenía marido"), dans la collection Poésie Gallimard, 2005, p. 204.
Michel Renard
commentaires
l'homme qui inventa
son anti-franquisme et sa déportation
Après Anatomie d’un instant (sur le coup d’État du 23 février 1981 à Madrid), je suis passé à L’Imposteur, toujours de Javier Cercas (éd. poche, Actes Sud, 2014, 482 p.).
L’imposture a été révélée en 2005 par le jeune historien Benito Bermejo. Que dit-il ?
Qu'une grande figure de l’engagement républicain durant la guerre civile, de la résistance clandestine au franquisme dès 1939, et surtout de la déportation dans le camp de concentration nazi de Flossenburg (Autriche), porte-parole des déportés en Espagne et moyeu de la "récupération de la mémoire historique", adulé, récompensé, Enric Marco (né en 1921)... ne fut rien de tout cela.
Il avait tout INVENTÉ. Lorsque la vérité éclata, ce fut une onde de choc en Espagne et dans le monde entier.
Celui qui présidait l’Amicale de Mathausen n’avait jamais été dans un camp nazi. Il était même parti volontairement en Allemagne, même si son séjour là-bas se compliqua et qu’il fut accusé (mais finalement reconnu innocent) et séjourna en prison à Kiel.
Javier Cercas hésita longtemps avant d’écrire ce livre, mais il voulait comprendre quel fut ce personnage qui, autour de la cinquantaine, dans la période terminale du franquisme, entreprit de construire cette figure héroïque qu’il n’avait jamais été dans sa vie... mais qui y parvint en dupant tout le monde.
La fin est un véritable upercut...
Encore un roman sans fiction.
Mais Cercas fut critiqué, y compris par d’anciens déportés qui l’accusaient de donner du grain à moudre aux négationnistes ! Alors que sa probité est incontestable tant sur le plan méthodologique que sur le plan moral.
Ce livre est passionnant par la reconstitution de la vérité opérée par Cercas mais également par les réflexions de l’auteur sur les questions philosophique et historiographiques de la mémoire qui se substituait progressivement à l’histoire, sur les vertus ou non du mensonge.
Javier Cercas vitupère, avec raison, la «sacralisation du témoin» (p. 311-312).
Il est étonnant, dans tous les comptes rendus que j’ai lus, que jamais le rapprochement n’ait été évoqué avec l’œuvre de Jean Norton Cru (1879-1949) et son célèbre Témoins parus en 1929 (et sous forme abrégée "Du témoignage") dans lequel il analysait et critiquait un nombre impressionnant de récits produits par d’anciens combattants sur la Grande Guerre et le nombre tout aussi impressionnant d’idées fausses propagées sur la guerre...
Michel Renard
5 mai 2022
commentaires

une "fiction" qui est en réalité une non-fiction
Conseil scientifique et "Train Bleu"
à la gare de Lyon (Paris)
Il y a quinze jours, j'étais à Paris pour la réunion du conseil scientifique de la Fondation pour la Mémoire de la guerre d'Algérie, aux Invalides.
Avant de reprendre le train pour Lyon et Saint-Chamond, je me suis fait plaisir avec une collation au Train Bleu, restaurant gastronomique situé dans la hall de la gare de Lyon et dans un décor somptueux Belle Époque des années 1900.
Au menu, des quenelles de brochet à la lyonnaise avec une sauce Newburg, riz basmati grillé, arrosées d'un Chablis.... s'il vous plaît.
Michel Renard
16 octobre 2019
commentaires
photos Conseil scientifique

la direction de la Fondation, de g. à droite : Jacques Frémeaux, historien, professeur émérite à la Sorbonne,
alors directeur scientifique de la Fondation ; l'ambassadeur Frédéric Gresset, président de la Fondation ;
le colonel Paul Malmassari, directeur de la Fondation
photos Train Bleu

le restaurant le Train Bleu, un fleuron de l'élégance française (gare de Lyon à Paris)

quenelles de brochet à la lyonnaise avec une sauce Newburg et riz basmati